Stanislas Wawrinka a soulevé passablement de fonte afin de préparer son année 2006. Il portera, dès aujourd'hui à l'Arena de Genève, une grosse partie du poids de la rencontre de Coupe Davis entre la Suisse et l'Australie. En l'absence de Roger Federer, le Vaudois, 20 ans, endosse le costard du patron. Un statut lourd à assumer dans une épreuve qui, en raison de sa fibre collectivo-patriotique, génère des émotions que l'on ne retrouve pas sur le circuit. «Stan» a la tête bien faite. Et les épaules?

«La Coupe Davis se gagne en équipe», prévient l'intéressé, prudent mais prompt à s'enhardir: «Après mon bon début de saison (ndlr: demi-finale à Auckland, bref mais remarquable parcours à Melbourne), je suis en confiance. Je suis prêt à assumer mon rôle. Je suis le numéro 1 et je dois ramener des points.» Le premier, ce vendredi face à Chris Guccione (ATP 150), «un grand serveur gaucher qui n'est pas très solide en fond de court»; le second, dimanche, probablement devant Peter Luczak (ATP 116), «un bon joueur de terre battue, capable de tenir la cadence».

Sur sa surface favorite et avec le public en poche, Stanislas Wawrinka paraît de taille à relever le défi. Passé, en un an, du 162e au 51e rang dans la hiérarchie mondiale, le protégé de Dimitri Zavialoff a pris du coffre et du galon. Signe qui trompe rarement: l'équipementier Adidas vient de miser sur lui pour les trois prochaines années. «Il a énormément progressé à tous les niveaux: technique, athlétique et mental», apprécie l'entraîneur de l'équipe, Ivo Werner. «Il est équilibré, volontaire, calme, endurant et puissant», ajoute Pierre Paganini, son préparateur physique. «C'est un cadeau de bosser avec quelqu'un d'aussi motivé et joyeux quand il arrive sur le court. Il s'est fixé des objectifs et il connaît les sacrifices à consentir pour les atteindre.»

Le Vaudois veut intégrer le cercle des trente meilleurs en 2006. «Sa marge de progression est encore grande», estime son pote Yves Allegro, engagé samedi en double aux côtés de George Bastl.

Stanislas Wawrinka, parce qu'il sait exploiter ses erreurs, n'est pas près de plafonner. «Je n'oublie pas que je suis en phase d'apprentissage et cela me permet de relativiser certaines défaites», explique-t-il. «J'en retire toujours quelque chose de positif.»

Il y a un an, dans une situation comparable – face aux Pays-Bas à Fribourg – à celle de ce week-end, le jeune homme, quoique vaillant, avait flanché. Essuyé deux défaites, dont l'une très cruelle devant Sjeng Schalken, au cours de laquelle il n'avait pas su profiter de quatre balles de match. Certains auraient baissé la tête. Lui a remonté ses manches. La rencontre face à une Australie inexpérimentée doit lui permettre de confirmer ses progrès. «Ces trois jours pourraient être très importants pour lui», glisse Ivo Werner.

Stanislas Wawrinka est face à ses responsabilités. Sa tête semble prête. Son épaule gauche, grippée récemment à Zagreb, aussi. «Stan fait son chemin en gardant les pieds sur terre», conclut Yves Allegro. «Avec son entourage, qu'il faut féliciter, il a parfaitement géré sa carrière jusqu'à présent. Il n'y a pas de raison qu'il ne maîtrise pas son statut de leader ce week-end. Je ne me fais pas de souci pour lui.»