Les Pays-Bas sont-ils devenus nuls?

Dire que la qualification de la Suisse à l’Euro 2016 n’est pas un immense exploit, c’est s’exposer à s’entendre répondre: «Et les Pays-Bas, alors?» Et les Pays-Bas, en effet. Les Pays-Bas sont encore plus bas que d’habitude: quatrièmes dans un groupe certes homogène (l’Islande, équipe qui monte, la République tchèque, toujours solide, la Turquie, imprévisible chez elle) mais où une troisième place assure encore un strapontin pour les barrages. A un match de la fin, mardi, la Turquie n’a besoin que d’un point chez elle face à l’Islande. Les Pays-Bas, eux, doivent espérer une défaite turque et battre la République tchèque. 

Pour la première fois depuis 1984, les «Oranje», vainqueurs en 1988, manqueront l’Euro. Deux ans après une demi-finale de Coupe du monde. Plusieurs observateurs ont pointé les carences d’une équipe vieillissante, sans leader, sans défenseur de niveau international. Trop peu de joueurs sont titulaires dans leur club ou évoluent dans des équipes de second rang. Malgré cela, les Pays-Bas s’obstinent à jouer dans leur style (l’immuable 4-3-3) alors que le pourtant peu flexible Louis Van Gaal s’était plié au réalisme et à une défense à cinq plus adaptée aux moyens du bord. 


Pourquoi Wawrinka ne perd jamais en finale?

Stan Wawrinka a remporté dimanche à Tokyo son quatrième titre ATP de la saison (le onzième de sa carrière) en quatre finales. Son adversaire – et ami – Benoît Paire était certes diminué par une blessure au pied mais, comme souvent en finale, Wawrinka a été impeccable. Alors qu’il y a statistiquement encore 50% de chances de perdre en finale, le Vaudois est sur une série de sept finales victorieuses consécutives. Il n’a plus perdu le dimanche depuis juin 2013 à s’Hertogenbosch. Mais c’était sur gazon, sa moins bonne surface, face à un spécialiste du genre, le Français Nicolas Mahut. Paire, Mahut, pas des cadors direz-vous.

Mais Wawrinka a aussi battu Rafael Nadal en finale à l’Open d’Australie, Roger Federer à Monte-Carlo, Novak Djokovic à Roland-Garros. Il présente également un taux de réussite de 100% en finales olympique (1/1) et de Coupe Davis (1/1). Bref, si souvent décevant aux premiers tours, Stan Wawrinka est quasi imbattable en finale. Pourquoi? Nous lui avions posé la question à Roland-Garros. «Depuis deux ans, j’ai la certitude d’avoir changé de catégorie. Si je parviens à me mettre en confiance en passant les premiers tours, je deviens un joueur très dangereux pour quiconque. Je peux perdre, mais je sais que je ne passerai pas au travers d’une demi-finale ou d’une finale.»

Un entraîneur français confirme. «Sa confiance en lui est étonnante, elle passerait presque pour de l’arrogance. Parfois, vous êtes tenté de vous dire qu’il a pris le «melon» mais il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit.»


Que peut faire la Suisse à l’Euro 2016?

Se qualifier pour une phase finale à 24 équipes n’est pas un indicateur suffisant du niveau de l’équipe de Suisse, qui boucle ce soir son parcours qualificatif à Tallinn dans un match pour du beurre contre l’Estonie. Depuis douze ans, la Suisse a participé à trois euros et trois Coupes du monde mais elle est toujours à la recherche de l’exploit qui lui permettrait de passer enfin un cap. La greffe Petkovic, après six ans de règne Hitzfeld, reste fragile. Le nouveau sélectionneur semble vouloir donner un style plus conquérant et offensif à son équipe mais il sent bien qu’elle n’en a pas tout à fait les capacités. La Suisse peut compter sur six joueurs offensifs de bon niveau (Seferovic, Drmic, Mehmedi, Stocker, Derdiyok, Embolo) mais aucun ne s’impose indiscutablement aux côtés de Shaqiri. Un grand avant-centre aiderait Petkovic à fixer ses options tactiques. 

Le sélectionneur aurait également intérêt à arrêter son choix en défense central. Fabien Schär est le plus talentueux mais aussi le plus imprévisible. Entre deux blessures, Johan Djourou en est toujours réduit à réclamer de la confiance après dix ans de sélection et un très bon Mondial au Brésil. Pour le reste, la Suisse peut s’appuyer sur un bon milieu de terrain, deux excellents gardiens et la meilleure paire de latéraux d’Europe. L’ambiance dans l’équipe – un élément déterminant lors des grandes compétitions qui durent, préparation comprise, sept à huit semaines – est un grand atout. «Entre nous, c’est très solide, très fort», assure Gelson Fernandes.

Deux détails l’ont montré lors du match contre Saint-Marin: le ballon qu’Embolo préfère remettre de la tête pour Derdiyok (un concurrent direct en attaque) au lieu d’essayer de marquer lui-même, le pénalty que le capitaine Inler offre à ce même Embolo pour qu’il perde son pucelage avec la «Nati». Bon esprit. 


La F1 vaut-elle vraiment 19 milliards?

Des audiences en perte de vitesse, un suspense au point mort (Hamilton ou Mercedes?), un intérêt qui se dégonfle dans les pays historiques (plus de GP en France et en Allemagne), des constructeurs qui frôlent la panne sèche chaque année: la Formule 1 n’a rien d’une bonne affaire. Et pourtant, Bernie Ecclestone, 85 ans fin octobre, serait prêt à la vendre en pièces détachées pour une somme record. Le grand «manie tout» de la course automobile sur circuit va céder 35,5% des parts de Delta Topco (la holding qui perçoit les revenus commerciaux de la F1) au fond d’investissements Qatar Sports Investment (QSI) et au propriétaire de l’équipe de football américain des Miami Dolfins Stephen Ross pour 6,7 milliards d’euros.

Les deux acheteurs souhaitent acquérir les 64,5% restants, ce qui monterait l’addition à 19 milliards d’euros. Un milliard le Grand Prix. Une somme démentielle quand on sait que même Mercedes, qui domine outrageusement le championnat, perd de l’argent, ou si l’on songe qu’en 2016, le GP d’Europe aura lieu en Azerbaïdjan en même temps que les 24 Heures du Mans. Mais Bernie Ecclestone, plus rusé que Sepp Blatter, a bien compris que le Qatar ne regarderait pas à la dépense dans cette affaire.

Le petit émirat risque de perdre la Coupe du monde de football qu’il doit organiser en 2022; récupérer la F1, et en même temps supprimer le GP qui se dispute chez le voisin honni du Bahreïn, serait une manière de remettre les gaz.


La Coupe du monde de rugby va-t-elle se transformer en Coupe de l’hémisphère Sud?

Les quarts-de-finale de la Coupe du monde de rugby mettront aux prises, samedi et dimanche, quatre équipes de l’hémisphère nord et quatre nations du Sud. Dans l’ordre: Afrique du Sud-Pays de Galles, Nouvelle-Zélande–France, Irlande-Argentine et Australie-Ecosse. A peine remis de l’élimination prématurée de l’Angleterre, les organisateurs de World Rugby pourraient bien devoir assimiler une autre couleuvre: la disparition des équipes européennes. Le Pays de Galles a étalé ses limites lors de son match face à l’Australie et paraît moins armé pour défier l’Afrique du Sud dans le registre de la force.

L’Ecosse est l’équipe la plus faible du lot et ne doit sa qualification qu’à un calendrier et un arbitre (Ecosse-Samoa) très défavorable au Japon. L’Irlande est la meilleure équipe d’Europe mais elle devra sans doute se passer de plusieurs titulaires, blessés (O’Connel?) ou suspendus (coup de poing de O’Brien au Français Papé). La France sort périodiquement un exploit face aux All Black mais le problème, c’est que ça relève justement à chaque fois du miracle. Le risque est grand de se retrouver avec des demi-finales Afrique du Sud–Nouvelle-Zélande et Argentine-Australie. En même temps, ce serait pratique: Coupe du monde oblige, les quatre nations qui composent le Rugby Championship n’ont pas eu le temps de terminer leur tournoi.


Que va encore inventer la FIFA cette semaine?

La semaine dernière, nous écrivions que la saison en cours des turpitudes de la FIFA proposait la meilleure série actuellement sur le marché. Que de rebondissements, de coups tordus, de masques qui tombent! Et ces alinéas dans le règlement, ces formulations floues de la commission d’éthique, ce ping-pong entre les diverses sous-sous-sous commissions, qui redistribuent perpétuellement les cartes!

Devenu accro aux coups de billard à trois bandes de Don Blatter, le public en redemande. Que va-t-il se passer cette semaine? Une nouvelle inculpation? Ce serait tentant, d’autant que le nouveau président par intérim, le Camerounais Issa Hayatou, arrive mardi à Zurich. Ex-grand méchant devenu l’un de ces seconds rôles qui donnent toute sa saveur à une série, Hayatou a promis de faire le ménage. Une personnalité nouvelle doit également apparaître. Un chevalier blanc serait trop demander et peu crédible mais un homme (ou une femme) neuf(ve).Les Suisses Domenico Scala ou François Carrard? Le Ghanéen Kofi Annan? Un administrateur judiciaire nommé par le Ministère public de la Confédération? Le 20 octobre, le comité exécutif de la FIFA, ou ce qu’il en reste, va se réunir dans une ambiance digne des bonnes feuilles de «Dix petits nègres» d’Agatha Christie.

Petit conseil aux fans: comme dans toute bonne série, ceux qui sont branchés sur le canal américain sont généralement informés avant les autres.