Roland-Garros

Wawrinka peut-il sauver le tournoi (des forfaits, de l’ennui, de la pluie, de Djokovic)?

Vainqueur de Troicki en quatre sets (7-6 6-7 6-3 6-2), Stan Wawrinka est déjà en quart de finale. Avec ses tenues fluo et son jeu spectaculaire, le Vaudois est un rare éclair dans la grisaille du ciel de Paris

Vous pensez que la France va mal? Ce n’est rien à côté de Roland-Garros. Depuis le début de la quinzaine, les coups durs s’abattent sur la porte d’Auteuil comme les plaies d’Egypte sur Pharaon. Le nouveau directeur du tournoi Guy Forget, surnommé «Guigne» Forget, doit d’abord composer avec le pire mois de mai du siècle. Le climat social (grèves), sécuritaire (peur des attentats) et météorologique (pluies quasi quotidiennes) est exécrable.

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C’est dans ce décor inhospitalier que les forfaits se sont mis à pleuvoir. Roger Federer et Gaël Monfils, avant même le début du tournoi. Rafael Nadal, avant son troisième tour. Jo-Wilfried Tsonga, après sept jeux samedi. Les quatre préférés du public.

Le temps souvent froid et humide alourdit les balles, quand il ne hache pas les rencontres, qui peinent à décoller vraiment. Jusqu’ici, aucune n’a vraiment marqué les esprits. Les spectateurs ne peuvent pas se rabattre sur les joueurs français; des 26 engagés en simple (16 garçons, 10 filles), il ne restait dimanche soir que le seul Richard Gasquet. Avant de disparaître, les joueuses françaises ont néanmoins eu le temps de se plaindre d’un manque de considération de la part des organisateurs et des diffuseurs. Mais même en programmant les femmes à l’heure où les VIP déjeunent pour laisser les meilleures plages horaires aux hommes, les audiences de France Télévision sont médiocres.

Comme en France tout est politique, vient s’ajouter une campagne électorale pour la présidence de la fédération (FFT) qui tourne vinaigre. Dans le Journal du Dimanche, un candidat accuse certains dirigeants de la FFT d’avoir été mêlés à un trafic de revente de billets. N’en jetez plus, la Coupe des Mousquetaires est pleine.

La pluie ne fait pas que retarder le programme des matchs. Elle met à nu les malfaçons du tournoi. Samedi, un gros orage a provoqué une panne générale du système de retransmission à cause de câbles mal isolés. Ce n’était pas grave: il n’y avait pas de match puisque Roland-Garros est le dernier tournoi du Grand Chelem à ne pas posséder de toit rétractable. Ce ne sera le cas qu’en 2020, si tout va bien.

Pour se mettre au sec, les spectateurs en furent réduits à se réfugier dans les rares espaces abrités. Une masse compacte se tenait ainsi debout, sans possibilité de s’asseoir ni de se restaurer sous les tribunes du court Philippe-Chatrier. Roland-Garros congestionne, manque d’air. En ouverture du tournoi, Guy Forget n’a pu que constater la lenteur du dossier, malgré de nombreux soutiens politiques.

Novak Djokovic, lui, préfère en rire. Samedi soir, le Serbe s’est dépêché de finir son match contre le Britannique Aljaz Bedene avant la nuit. Parce qu’évidemment, il n’y a pas de projecteurs dans le tournoi de la Ville Lumière. Voir le numéro 1 mondial courir vers sa chaise aux changements de côté ou presser les ramasseurs de balles de le fournir rapidement avait quelque chose de comique, parce que le garçon a de l’humour, mais Djokovic avait fini de rire en conférence de presse. «Il sera bientôt temps d’avoir la lumière sur le Chatrier et le Lenglen», fit-il comprendre.

Dans ce contexte, le sacre attendu du Serbe dimanche serait presque vécu comme un gâchis. Une formalité accomplie bien plus qu’un exploit (il détiendrait alors les quatre titres du Grand Chelem simultanément). Son couronnement ne serait pas frappé du sceau de l’Histoire, comme put l’être la victoire de Roger Federer en 2009. Tout bien pesé, un nouvel exploit Stan Wawrinka aurait plus d’éclat, et pas seulement en raison de sa tenue fluo.

Le Vaudois n’est pas contre l’idée de conserver son titre. Il s’en rapproche gentiment. Dimanche, entre deux averses, il a contrôlé un autre Serbe, Viktor Troicki (7-6 6-7 6-3 6-2 en 2h56) et s’est qualifié pour les quarts de finale où il retrouvera l’Espagnol Albert Ramos-Viñolas (55e mondial), qu’il vient de battre 6-1 6-1 à Genève.

Wawrinka monte en puissance et soigne sa cote de popularité. Il a tapé des balles avec un jeune ramasseur pendant que Troicki se faisait soigner. A la fin de son match, il a mis le public dans sa poche et dans la boîte en filmant le stade en pivotant sur lui-même. Un tourbillon de la vie, qui rappelle la scène du cimetière dans Le bon, la brute et le truand. Pour Roland-Garros, Stan Wawrinka est le bon, celui qui peut sauver le tournoi de la morosité.

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