Tennis

Wawrinka-Murray, match en cinq actes

Au terme d’un match épique de plus de quatre heures (6-7 6-3 5-7 7-6 6-1), le Suisse se qualifie pour la finale de Roland-Garros dimanche où il rencontrera Rafael Nadal

Le lieu: le court Central du stade Roland-Garros à Paris. Le temps: l’après-midi du vendredi 9 juin 2017. L’action: une demi-finale du simple messieurs des Internationaux de France.

Acte I: Murray est bien là

Présentation des personnages. Andy Murray: Ecossais, 30 ans, numéro un mondial. Son trône vacille depuis cinq mois mais il est quand même là. On ne l’y attendait pas. Stan Wawrinka (Suisse, 32 ans, numéro trois mondial) davantage. C’est sa troisième demi-finale consécutive à Paris, il a ici ses aises et ses partisans. Souvent, le costume fait le personnage. Cette année, Wawrinka n’a pas de short à carreaux mais un tee-shirt qui semble emprunté à un ramasseur de balles. Les hommes aussi sont jugés sur leur physique.

Celui de Murray, trop robuste, le déclasse: il semble pataud, lent. Le début est tendu. Le trac. Les chevillères que porte systématiquement Murray alourdissent son pas. Illusion. Son jeu de défense agace Wawrinka qui surjoue. Parade, riposte, Murray lit parfaitement les intentions adverses, anticipe toujours le bon côté. Il gagne ainsi le premier acte dans la scène 13, le tie-break (8-6). Le roi est nu, mais il n’est pas encore déchu.

Acte II: Wawrinka riposte

Présentation de l’intrigue. La rencontre rejoue l’éternelle opposition de l’attaquant contre le défenseur. Chacun ses armes, fulgurance contre patience. Force reste d’abord à l’intelligence. Murray dresse ses rets, dans lesquels Wawrinka se prend. L’Ecossais ne gagne jamais sur un coup de raquette. Ses points sont construits. Dire qu’il défend bien est réducteur, parce qu’il fait bien mieux que renvoyer la balle une fois de plus que son adversaire.

Dans la loge de Wawrinka, Donna Vekic a pour lui les yeux de Chimène. Il lui montre qu’il a du coeur. Il retrouve ses passing tirés au cordeau. Ses coups portent enfin. Il ravit le public et, à 3-3, le service de son adversaire. Nouvelle balle de set. En retour, il tend un guet-apens à Murray, se décale sur son coup droit et signe son retour (6-3).

Acte III: Murray repasse devant

Développement. Dans la foulée de l’acte II, Stan Wawrinka semble parti pour faire cavalier seul. Il mène 3-0, il vient de gagner six jeux de rang. Murray revient à un jeu plus tactique, remet de l’effet dans ses balles, varie les angles. C’est une leçon de stratégie. A nouveau, l’assaillant se retrouve démuni. Wawrinka ne frappe plus que par à-coup. Il se fait breaker (3-2), se redonne de l’air (4-2), se fait rejoindre (5-5) et perd la manche (5-7).

Murray semble lire à livre ouvert dans le jeu de son adversaire. Plusieurs fois, il part du bon côté sur les smashs de Wawrinka. On dirait un gardien de but au moment des tirs au but. Ou un joueur de cricket, tant il remet parfois la balle comme il peut, sa raquette en opposition. L’Ecossais ne brandit pas le poing, il opine de la tête de raquette, comme s’il donnait des petits coups de marteau sur des clous invisibles. Il enfonce ses certitudes.

Acte IV: Wawrinka ne craque pas

Rebondissement. Le meilleur acte, et de loin. Les deux protagonistes se donnent la réplique dans un équilibre parfait: aucun break, aucune balle de break jusqu’au jeu décisif. Certains échanges font visiter aux deux joueurs les quatre coins du court et revisiter au public tous les coups du tennis.

Cette fois, c’est Murray qui mène les débats et Wawrinka qui s’efforce de porter la contradiction. Le Vaudois a le mérite de ne pas céder. Petit à petit, il gagne de mieux en mieux ses jeux de service. Cela compte dans le tie-break où il mène 4-2, puis 6-3. Il obtient trois balles de set. La première suffit. Le public l’acclame; lui reste concentré. Rien n’est joué.

Acte V: Wawrinka s’envole

Le dénouement. Wawrinka fait le break d’entrée et confirme facilement derrière (2-0). Il ne relâche pas l’étreinte et arrache encore un service à Murray (3-0). L’Ecossais semble cette fois n’avoir plus d’argument. Ce cinquième acte est un monologue. Celui de la tirade du nez de Cyrano? «A la fin de l’envoi, je touche.» Tous ses coups font mouche. Wawrinka est déjà en mode «finale», lorsqu’il devient injouable.

Vainqueur des Internationaux de France en 2015, le Vaudois aura l’occasion dimanche d’ajouter un second titre parisien à sa collection, ce que Roger Federer n’a jamais fait. C’est sa quatrième finale de Grand Chelem en quatre ans. Il a remporté les trois premières, à Melbourne contre Rafael Nadal en 2014, à Paris contre Novak Djokovic en 2015, à New York encore contre Novak Djokovic en 2016.


Wawrinka: «Je ne m’habitue pas»

En conférence de presse, Stan Wawrinka a insisté sur la nécessité de ne pas penser trop vite à la finale.

Le Temps: Quelle a été la clé pour remporter ce match incroyable?

Stan Wawrinka: Quand vous jouez Andy Murray, vous savez que vous pouvez dominer l’échange et quand même être mené au score parce que c’est un défenseur incroyable. Il faut savoir l’accepter et ne pas se frustrer. Mentalement, ce match a été une grosse bataille. Je suis heureux de mon attitude, d’être toujours resté positif et confiant. Physiquement, je me suis senti très bien. J’en étais même surpris.

– Vous jouerez dimanche votre quatrième finale de grand chelem en quatre ans. Considérez-vous toujours cela comme un exploit ou est-ce devenu un résultat conforme à votre niveau?

– Je ne m’habitue pas. Je continue d’être surpris en bien. Je suis toujours dans cet état d’esprit et j’y tiens parce que je veux rester dans la peau de l’outsider, je veux continuer de profiter de ces bons moments. Ce n’est pas une posture. Toute la saison, je connais mon lot de défaites frustrantes, comme en demi-finale à Melbourne contre Roger Federer, ou d’éliminations précoces. Alors, une quatrième finale de grand chelem, j’ai la banane parce que ce n’est pas normal.

– Ce sera contre Rafael Nadal…

– Jouer Nadal sur terre battue à Roland-Garros, c’est sans doute le plus gros challenge qui puisse vous être proposé dans le tennis. S’il gagne, ce sera normal. Mais une finale est dure pour les deux joueurs. Que je l’ai battu à Melbourne il y a trois ans n’aura aucune incidence. Mais je sais ce qu’il faut faire pour gagner un grand chelem, je l’ai déjà fait.

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