Wendy Holdener l’a dernièrement confié au magazine Sport de L’Illustré: elle danse volontiers, mais pas forcément très bien. «Heureusement, je ne me vois pas et j’espère que les autres ne m’observent pas.» Or, ce mardi, c’est Ladies Night et sur la piste de Flachau, en Autriche, les yeux de nombreux spectateurs – 13 500 l’an dernier – seront bien braqués sur elle. Pourtant elle saura s’en accommoder. La Ladies Night en question n’est pas une soirée en discothèque mais un slalom, un exercice où rien ne saurait la décontenancer.

Un démarrage de saison spectaculaire

La preuve: un début de saison extraordinaire, d’une régularité déconcertante. Elle est montée cinq fois sur le podium (deux deuxième et trois troisième places) en six épreuves dans sa spécialité, du jamais vu pour la Schwytzoise de 23 ans, qui totalisait avant l’hiver 2016-2017 neuf podiums en six ans de Coupe du monde. Après chaque course, elle répète sa satisfaction d’être si bien classée et sa détermination à progresser encore. Elle sait ce qu’elle veut; elle est montée sur des skis à deux ans et demi, et a décidé de devenir skieuse professionnelle peu après, affirme son site internet. Cet objectif atteint, elle doit aujourd’hui briser le plafond de verre qui demeure au-dessus de sa tête.

Car la brune semble condamnée à rester dans l’ombre de deux blondes. En slalom, il y a la quasi invincible Mikaela Shiffrin (treize victoires lors des quatorze dernières épreuves disputées). Et en Suisse, il y a la superstar Lara Gut, détentrice du grand globe de cristal. Dans sa spécialité comme dans son pays, Wendy Holdener se heurte à deux skieuses de premier plan, encore jeunes mais déjà au top. Comme les clubs de Super League derrière le FC Bâle, comme tant d’athlètes à l’ère du sport dominé par des champions hégémoniques, devra-t-elle toujours se contenter de la deuxième place au mieux, sur la piste et dans le cœur des gens? Pas si sûr.

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Bourreau de travail

En septembre, avant les premières courses de la saison, Wendy Holdener confiait au Temps sa conviction de pouvoir titiller l’Américaine en slalom. «A la fin de l’hiver dernier, je me sentais très bien. J’ai montré ma vraie personnalité, mon vrai ski, comme à l’entraînement. J’ai emmagasiné beaucoup de confiance. Si je continue sur cette lancée, je peux me rapprocher de très près de Mikaela.»

Ses résultats jusqu’ici ne la trahissent pas. Quand, l’hiver dernier, elle a régulièrement terminé à plus de deux secondes de l’Américaine, la Schwytzoise n’a jamais été reléguée à plus de 1’54 (à Semmering) depuis le début de la saison. Mieux, elle est restée à moins d’une seconde à trois reprises. Dimanche à Maribor, elle n’a concédé que 19 centièmes. «C’est bon de savoir que Mikaela n’est pas si loin devant», a réagi la Suissesse ce jour-là, convaincue de sa marge de progression. «Je ne suis pas la meilleure skieuse du monde, mais je suis peut-être celle qui s’entraîne le mieux», nous disait-elle il y a quelques mois. De fait, tout le monde la décrit comme un bourreau de travail, qui a même parfois tendance à vouloir trop en faire.

Outre-Sarine, son côté bosseur – associé à sa simplicité, son naturel et sa franchise – lui vaut une grande popularité. Vu de Romandie, la star du ski suisse s’appelle Lara Gut; même le petit globe de cristal du combiné remporté l’hiver dernier n’avait pas suffi à faire de Wendy Holdener une vedette. Beaucoup ne découvrent réellement la Schwytzoise qu’aujourd’hui, par la grâce de ses podiums à répétition. Mais la Suisse alémanique, elle, avait déjà complètement cédé à la Holdener-mania depuis longtemps.

Préférée à Lara Gut

L’hiver dernier, le site www.blick.ch demandait à ses lecteurs leur préférence entre Lara et Wendy, la blonde et la brune, et tandis que la première allait remporter le classement général de la Coupe du monde, la seconde s’emparait du vote du public à 70% de quelque 10 000 internautes. «D’un angélisme rassembleur, la Schwytzoise est l’enfant chéri du ski alpin helvétique, postulait à Noël Le Matin Dimanche. Là où le caractère de Lara Gut divise, celui de Holdener fait l’unanimité.»

Il n’y a par contre aucune rivalité à chercher entre les deux Suissesses, respectivement deuxième et septième du classement général de la Coupe du monde. Au début de l’hiver, la Schwytzoise s’étonnait même qu’on puisse se poser la question. «Mes rivales s’alignent dans les mêmes épreuves que moi», souriait-elle. De fait, la slalomeuse Wendy Holdener reste trop en retrait dans les autres disciplines pour jouer le général à ce jour, quand Lara Gut cherche à conserver son grand globe en moissonnant des points en géant, super-G et descente. Les deux athlètes évoluent en parallèle plus qu’en compétition directe.

En réalité, la skieuse de Comano est sans doute l’une des plus grandes supportrices de sa compatriote. Si Wendy Holdener pouvait remettre en question le règne sans partage de Mikaela Shiffrin en slalom, Lara Gut en profiterait pleinement au classement général, elle qui compte à ce jour 305 points de retard sur l’Américaine. La Schwytzoise n’attend que ça. Parmi ses quatorze podiums en Coupe du monde figurent bien deux succès, mais elle les a remportés la saison dernière lors d’épreuves bien particulières (un slalom parallèle à Stockholm et un combiné à Lenzerheide). Une première victoire dans sa discipline fétiche aurait une autre saveur, une autre valeur. Si elle l’obtient lors du Ladies Night Slalom de Flachau, cela vaudra bien un petit pas de danse.

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