La Coupe du monde de ski alpin ne fera pas étape à Wengen cette année. Les épreuves prévues entre vendredi et dimanche, deux descentes et un slalom, ont été officiellement annulées ce lundi après 24 heures chaotiques sur le plan de la communication.

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La situation sanitaire dans le village de l’Oberland bernois est actuellement très compliquée, notamment à la suite du séjour de touristes britanniques durant les Fêtes de fin d’année. Plus de 60 des 1100 habitants ont récemment été testés positifs au Covid-19, dont certains au désormais fameux variant britannique plus contagieux. Ce contexte a fait planer l’incertitude quant à la tenue des mythiques courses du Lauberhorn tout au long du week-end, jusqu’à ce que le médecin cantonal donne son feu vert dimanche.

Le soulagement fut de courte durée. Lundi, la Fédération internationale de ski demandait aux équipes de suspendre leur déplacement vers la station, tandis que les rumeurs d’annulation couraient de plus belle entre la France et l’Autriche, via journalistes et membres d’équipe. Le comité d’organisation et Swiss-Ski les ont démenties dans la matinée, tout en indiquant que la situation était toujours en cours d’évaluation et qu’une décision définitive serait prise dans l’après-midi.

Le verdict du canton de Berne a pourtant fini par tomber, un peu avant 15h30, «après une nouvelle analyse de la situation», et avec le soutien du comité d’organisation des courses et la fédération nationale. En cause: la «dynamique de propagation du virus» et le sentiment qu’il n’aurait pas été possible «de prendre toutes les précautions nécessaires pour que les athlètes et les équipes qui les accompagnent soient correctement protégés dans des zones séparées».

Tout a été tenté

C’est la première fois que les épreuves de Wengen passent à la trappe, en bloc, depuis 1996. C’est aussi le premier gros hic pandémique de la saison en ski alpin. Les rares courses annulées l’ont été jusque-là pour des raisons météorologiques, comme en temps normal, et les cas de contamination parmi les athlètes – soumis à des tests avant chaque compétition – sont restés très rares.

A Wengen, tout a été tenté, prévu, imaginé pour sauver un événement qui fait la renommée de la station et la prospérité de son secteur touristique: dépistage à large échelle pour prendre la mesure de la situation; ouverture du domaine skiable aux seules personnes impliquées dans l’organisation, à compter de mardi; discussions en vue d’une éventuelle fermeture des hôtels; renforcement des prescriptions de sécurité imposées aux détenteurs d’accréditation; recommandation de rester à la maison pour la population. Les autorités ont même décidé de mettre en œuvre une semaine d’enseignement à distance pour les écoliers afin de limiter les risques, une mesure qui constitue l’un des grands tabous de l’arsenal déployé contre le virus. Mais tous ces efforts, consentis ou imaginés, n’auront pas suffi.

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Il était clair depuis plusieurs mois que l’édition 2021 des courses du Lauberhorn ne skierait pas dans les traces du mythe. Celui-ci tient bien sûr à la plus longue descente de la Coupe du monde, avec ses 4455 mètres dévalés en quelque 2’ 30” si vous vous appelez Beat Feuz, et aux millions de fans qui tremblent par écran de télévision interposé (80% de parts de marché en Suisse). Mais il y a aussi l’immense bastringue, avec schnaps dès potron-minet et schlager jusqu’à pas d’heure. Et cette partie de la fête, bien sûr, était annulée de longue date.

Urs Lehmann, président de Swiss-Ski, le disait lors d’un grand entretien réalisé la semaine dernière avant les courses d’Adelboden: à moyen terme, les épreuves de Coupe du monde de ski alpin ne seraient pas viables sans public, mais dans l’urgence, il faut au moins sauver la compétition. Pour les athlètes, pour la passion, pour l’argent des droits TV. Le cas de Wengen montre que, parfois, il n’y a d’autres choix que de renoncer.

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Sur le plan strictement sportif, une solution a toutefois rapidement été trouvée pour remplacer les épreuves annulées. La Fédération internationale de ski s’est entendue avec la station autrichienne de Kitzbühel pour y dresser le chapiteau du Cirque blanc un week-end plus tôt et y disputer deux courses de plus que prévu. Les techniciens ont donc rendez-vous dans le Tyrol pour deux slaloms samedi et dimanche, puis les spécialistes de vitesse prendront le relais la semaine prochaine pour deux descentes et un super-G. La seconde descente de Wengen devrait elle aussi être reprogrammée, selon des modalités à définir.