Tennis

A Wimbledon, le grand retour de Novak Djokovic

Après avoir voulu tout changer, Novak Djokovic est revenu aux bases et renoue avec le succès. Il remporte son treizième titre du Grand Chelem en dominant le Sud-Africain Kevin Anderson (6-2 6-2 7-6)

Durant la quinzaine de Wimbledon, la question fut longtemps de savoir si la finale prévue dimanche 2PM (15h en Suisse) devait être déplacée pour ne pas entrer en concurrence avec celle de la Coupe du monde, le même jour mais deux heures plus tard. Les Anglais se désintéressèrent du football et du problème sitôt la défaite de leur équipe nationale annoncée, mais le tennis trouva de lui-même la solution: la finale s’est déroulée le samedi.
La remise de la Coupe eut bien lieu dimanche, au terme du match Djokovic-Anderson, mais le nom du vainqueur était connu depuis la veille, lorsque Novak Djokovic et Rafael Nadal revinrent terminer le chef-d’œuvre qu’ils avaient entamé le vendredi fort tard en raison d’une première demi-finale sans fin entre Kevin Anderson et John Isner.

Fatiguer l’adversaire

Sorti vainqueur de ce terrible bras de fer, Djokovic ne pouvait plus perdre pour sa première finale de Grand Chelem depuis deux ans. Il gagna, autant parce qu’il était nettement le plus fort que parce que son adversaire n’avait plus grand-chose dans les chaussettes. Difficile dans ces conditions de distinguer la part de la fatigue de celle du stress, même si le Sud-Africain, finaliste du dernier US Open, n’était pas novice à ce niveau. Anderson céda son service, pourtant son point fort, au début des deux premières manches. Pas idéal pour se mettre en confiance.

Djokovic eut beau jeu derrière de le fatiguer, de l’envoyer visiter le court dans tous les sens et de l’obliger à plier son double mètre pour renvoyer ses revers slicés. Non content de perdre ses moyens, Kevin Anderson perdait une balle tombée de sa poche en plein échange. A 6-2 6-2 en 72 minutes, les amateurs de foot avaient bon espoir d’être rentrés pour le coup d’envoi.

Très belle scène sur la balle de match 

Kevin Anderson tint toutefois à faire meilleure figure, pour ne pas partir comme ça et parce qu’en tennis on ne sait jamais. Dans la troisième manche, il remporta enfin son premier jeu de service et fit ensuite la course en tête. Il eut deux balles de set à 5-4, puis deux autres, consécutives, à 6-5. Djokovic tint bon à chaque fois et boucla facilement l’affaire dans le tie-break (7-3).

Il y eut une très belle scène sur la balle de match. Très calmement – son état d’esprit à cet instant devait être l’apaisement – Novak Djokovic lança doucement sa raquette au loin, comme on jette son sac dans le salon au retour d’un long voyage. Le sien a duré deux ans.
Après sa victoire à Roland-Garros en 2016, dernier tournoi majeur manquant à son palmarès, le Serbe fut victime d’une sorte de décompression, qui avait tout l’air d’une dépression. Il échoua à remporter Wimbledon, manqua son rêve d’or olympique, s’effondra en finale de l’US Open face à Wawrinka, se sépara de son coach Boris Becker, s’enticha d’un gourou, franchit le Rubicon en rompant avec son entraîneur de toujours, Marjan Vadja.

Rien n’y fit, pas même six mois de pause au second semestre 2017 pour soigner un coude douloureux. Après une énième déception à l’Open d’Australie, il se résolut à l’opération en février dernier. A partir de là, les choses commencèrent à aller dans le bon sens: retour de Marjan Vajda en avril, retour à un niveau de jeu décent et surtout retour de cette rage de vaincre qui longtemps le caractérisa.

Dans la moiteur du Centre Court

A Wimbledon, il passa progressivement les obstacles et se présenta en demi-finale face à Rafael Nadal avec bien plus de chances que son classement (21e mondial) ne l’indiquait. Le match fut interrompu vendredi soir à 23h alors que Djokovic menait 6-4, 3-6, 7-6 (11-9). Il reprit samedi avant la finale dames. Deux sets «seulement» mais 27 jeux et 2h22 d’une bataille acharnée (3-6, 10-8) disputée dans un contexte un peu étrange, le soleil perçant le toit rétractable déployé à la faveur d’une règle non écrite mais tenace. Dans la moiteur du Centre Court mis sous cloche, on se sentait plus à Aquaparc qu’à Wimbledon.

Pendant ce temps, Kevin Anderson plongeait son grand corps martyrisé dans un bain d’eau glacée et tentait de récupérer de son marathon du vendredi contre John Isner (6h35 de jeu, 28-26 au cinquième, deuxième plus long match de l’histoire). Tous espéraient qu’il soit en mesure d’offrir une résistance digne d’une finale à l’un ou l’autre le lendemain. Ce fut contre Novak Djokovic qui, en se qualifiant, mettait déjà fin à une série de six titres consécutifs remportés (alternativement) par Roger Federer et Rafael Nadal en janvier 2017. Il va falloir désormais faire ménage à trois.

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