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De gauche à droite et de haut en bas: l’évolution du gazon durant le tournoi, en 2016, marque un net recul de l’herbe au profit de la terre, surtout en fond de court. Le jeu pratiqué sur cette surface s’en ressent.
© STEFAN WERMUTH / Reuters

Tennis

Et Wimbledon inventa la «heat map»

La quinzaine s’achève ce week-end avec les finales. Ceux qui restent ont survécu à l’usure des cœurs, des corps et des courts

Chaque jour a débuté par le même cérémonial. Le test du micro, puis le test de l’alarme (une sonnerie de collège), puis l’ordre donné au personnel de déplacer les véhicules stationnés à l’intérieur du site. A 10h30, l’ouverture des portes. A 10h50, dix minutes avant le début des premiers matches sur les courts annexes, le message de bienvenue, agrémenté du programme de la journée et conclu, last but not least, par le bulletin météo.

Il fait invariablement beau à Wimbledon. C’est juste que la belle journée qui s’annonce sera brièvement interrompue par quelques averses, entrecoupée de petites pluies éparses, mêlée de brèves ondées, accompagnée d’une légère bruine, rafraîchie par quelques «douchettes». Pour parler du temps qu’il fait, les Anglais ont des raffinements de suppliciateurs chinois.

Usures et blessures

Les jours, les tours, les polémiques ont ainsi passé. Les joueurs blessés qui s’alignent tout de même pour toucher la prime de participation au premier tour, les filles lésées par la programmation, la mauvaise qualité du gazon, les états d’âme de Bernard Tomic, les douleurs qui atrophient les meilleurs, Wawrinka, Murray, Djokovic. La quinzaine s’achève ce week-end avec les finales. Ceux qui restent ont survécu à l’usure des cœurs, des corps et des courts.

L’apparition de taches brunes

Il a objectivement fait beau toute la première semaine à Wimbledon. Très chaud, même. Une quasi-canicule qui a évaporé les polémiques et brûlé le gazon. Très vite, des taches d’un brun jaunâtre sont apparues. Les joueurs ont dénoncé (en y mettant les formes) des faux rebonds, des zones un peu glissantes, Novak Djokovic a même désigné un trou à l’arbitre. Une pierre dans le jardin des groundsmen du All England Lawn Tennis and Croquet Club.

Ces taches, dont l’aspect rappelle le crâne râpé d’un vieil éléphant, ont grandi au fil des jours. Elles se sont développées avec toujours plus de netteté, comme si l’on avait passé au révélateur la photographie du tennis moderne. Le résultat est la représentation graphique d’une donnée statistique: le jeu se joue toujours plus en fond de court. En fait, Wimbledon a inventé la heat map.

Moins de montées au filet

«Avant, on voyait en fin de tournoi une usure en «T», maintenant, c’est une tache latérale derrière la ligne de fond, observe Marc Rosset. Les joueurs montent beaucoup moins au filet, alors que c’était quasi une obligation pendant longtemps. Seuls Borg et Agassi ont réussi à gagner depuis le fond de court. Et encore, je crois que Borg montait plus souvent au filet que le Federer de 2012.»

Les images d’archives des légendaires finales Borg-McEnroe du début des années 80 sont très parlantes. Plus qu’un «T», c’est une sorte de «H» horizontal qui s’imprime de part et d’autre du filet. L’usure est aussi prononcée à l’intérieur des carrés de service (où les joueurs marquent leurs appuis avant de jouer une volée) que derrière la ligne de fond de court dans chaque moitié de terrain.

Statistiques éloquentes

Les statistiques confirment l’impression de Marc Rosset. Sur les trente dernières années, la moyenne pondérée (moyenne dite «glissante») du nombre de coups frappés par point lors des finales de Wimbledon est passée de 2,5 à 4,2 coups. Elle se rapproche de celle de Roland-Garros (rallyes de 5 coups en moyenne en 2015). On joue donc désormais pratiquement deux coups de plus par point sur gazon. On en disputa même 5,5 lors de la finale 2002 entre David Nalbandian et Lleyton Hewitt, la première à réunir deux spécialistes de fond de court.

Le service-volée ne représente cette année que 7% des points joués. En 1997, on le tentait sur 66% des premières balles, et encore sur 60% des seconds services. Cette année, seuls 4% des seconds services ont été suivis au filet, avec un très bon taux de réussite (58%) car la surprise est désormais totale pour l’adversaire.

Les vrais adeptes du jeu d’attaque, Misha Zverev (84% de services-volées tentés), Ivo Karlovic (69%), John Isner (46%), Dustin Brown (39%), ont tous été éliminés avant la seconde semaine. Seul Gilles Muller (32%) a porté le service-volée jusqu’en quart de finale.

Le service-volée de Federer

Et Roger Federer? «Lors de son premier titre à Wimbledon en 2003, il jouait service-volée sur sa première balle dans plus de 80% des cas. En 2012, dernière année où il gagne, il ne le faisait que dans 10% des cas», se rappelle, de tête, Marc Rosset. Très exactement, Roger Federer a joué service-volée 77 fois en 2003 en finale contre Mark Philippoussis (543 fois sur l’ensemble du tournoi). Lors de la finale 2012 contre Andy Murray, il n’a enchaîné au filet que 11 fois (62 fois sur l’ensemble du tournoi).

A Wimbledon, Roger Federer a invité dans sa loge son ancien entraîneur Stefan Edberg, l’homme qui a réintroduit son jeu d’attaque dans sa panoplie. Des quatre demi-finalistes, le Bâlois est très nettement celui qui suit le plus souvent (18% des cas) sa première balle au service, alors que Tomas Berdych (1%), Marin Cilic (2%) et Sam Querrey (4%) sont pourtant de plus gros serveurs que lui.

Les volleyeurs osent plus

L’autre grand paradoxe, c’est que le taux de réussite ne varie pas beaucoup d’une époque à une autre. Bon an mal an, jouer service-volée paie dans deux tiers des cas. Le ralentissement du gazon, initié au début des années 2000, a freiné les ardeurs des attaquants. Ceux qui s’y risquent ne sont plus les serveurs mais les volleyeurs. «La majorité des joueurs savent faire une volée à hauteur de hanche ou d’épaule, mais peu savent encore prendre la balle sous la bande du filet, comme le faisaient Edberg ou Rafter», expliquait il y a quelques années l’ancien champion John Newcombe dans une interview à l’ATP.

L’usure du fond du court est la conséquence du ralentissement du jeu sur gazon, non sa cause. Plusieurs joueurs s’en plaignaient dès les premiers jours, alors que l’herbe était encore verte. L’évolution du jeu n’est pas qu’une question de surface. Il faut aussi prendre en compte l’évolution du matériel, de la préparation physique et du niveau technique des joueurs.

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