«Je n'ai jamais joué contre un type aussi grand. Bien sûr, j'ai été confronté à Marc Rosset, mais il est petit, en comparaison. Ce sera intéressant.» Roger Federer se sent si bien, cette année dans son jardin de Wimbledon, qu'il en adopte l'humour anglais. La perspective d'affronter un géant de 2,08 m, qui a servi 95 aces en trois matches, et dont les 22 matches disputés cette année ont donné lieu à 29 tie-breaks, n'inquiète pas le moins du monde le Bâlois. Ivo Karlovic, tombeur inconnu l'an dernier du tenant du titre Lleyton Hewitt au premier tour, testera-t-il davantage les limites du numéro un mondial que ses vingt précédents adversaires sur herbe? Dimanche, Thomas Johansson, malgré la qualité de sa relance, a pris le quota réglementaire: trois sets (6-3, 6-4, 6-3).

Une petite pluie persistante et énervante avait marqué, samedi, le deuxième jour sans le moindre échange. «J'aime bien ces jours où l'on doit se reposer», commentait Federer, pas dérangé le moins du monde par pareille attente. Pour la troisième fois de l'histoire du tournoi seulement, les organisateurs de Wimbledon ont dû se résoudre à ouvrir un «People's Sunday» (dimanche du peuple), allouant quelque 35 000 billets à des fans de tennis tout heureux de l'aubaine.

A 11h du matin, le champion en titre pénétrait sur un Centre Court aux accents plus enthousiastes, moins retenus que d'ordinaire. Plus chauvins aussi: le héros local Tim Henman devait succéder à la paire Federer – Johansson. Les plus lucides des supporters anglais seront repartis de leur escapade dominicale avec, certes, la satisfaction d'avoir vu leur chouchou s'offrir une place en deuxième semaine, une évidence pour tous, mais quelques soucis quant à la suite. Face au Marocain Hicham Arazi, dont le pays d'origine est connu pour sa terre battue, et dont le tennis créatif a connu quelques pannes majeures, surtout au quatrième set, Henman a une nouvelle fois sorti un match très irrégulier, en particulier à la volée (7-6, 6-4, 3-6, 6-2). Il faudra y remédier s'il veut défier les meilleurs.

Gagliardi proche de l'exploit

Et surtout Federer. Face au sérieux test proposé par l'ancien vainqueur de l'Open d'Australie (en 2002), le Suisse a de nouveau livré une démonstration de solidité et de précision. A part un premier jeu laborieux, et le sixième jeu du troisième set, lorsqu'il a eu contre lui les deux seules balles de break de la rencontre, jamais «Rodgeur» n'a paru encourir le moindre danger. Et la façon péremptoire avec laquelle il a annulé l'alerte, combinant services gagnants et ace, relativise encore davantage cette notion.

Maintenant Karlovic. L'immense Croate utilise à merveille cette taille qui, en d'autres lieux, est sans doute un handicap embarrassant. «Tout le monde parle de ce gros service si précis, si constant, se réjouit Federer. J'aimerais y faire face et voir comment je peux jouer avec. Ce sera dur. Il met beaucoup de pression sur le service de l'adversaire, mais je crois que je peux m'en tirer, j'ai l'habitude. On verra bien si cette mise en jeu est aussi forte que ça.» Franchement, tout autre résultat qu'une victoire en trois sets aujourd'hui apparaîtrait comme une surprise.

Une surprise, c'est justement ce qu'Emmanuelle Gagliardi était en train de concocter lorsque la pluie, la star de cette première semaine, est venue violemment rappeler sa présence et interrompre l'excellente prestation de la Genevoise face à la prodige franco-russe Tatiana Golovin (16 ans). Gênée par une contracture à la nuque, la Suissesse laissait échapper le premier set après un bon début, mais prenait le match à son compte lors de la deuxième manche, distillant un nombre remarquable de coups gagnants. Puisse l'interruption et la nuit ne pas avoir changé ces bonnes dispositions: à 3-6, 6-2, 3-3, et 40-40 sur son service, «Manu» a un beau coup à jouer.