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Danil Medvedev.
© David Ramos

Tennis

A Wimbledon, le retour des Russes blancs

Mercredi, Karen Khachanov et Daniil Medvedev jouaient en même temps, presque côte à côte, sur les courts N°14 et 16. Ils se côtoient depuis l’âge de 7 ans. A 21 ans, ils incarnent l’avenir du tennis

Le hasard de la programmation (qui est en fait assez peu due au hasard) envoyait mercredi les Russes Karen Khachanov et Daniil Medvedev disputer leur deuxième tour sur les courts N°14 et 16, respectivement contre le Brésilien Thiago Monteiro et le Belge Ruben Bemelmans. A priori, deux matchs parmi d’autres dans cette troisième journée plus remarquable par son soleil que par son affiche.

Il y avait pourtant un vrai parallèle, géographique et humain, à tracer entre ces deux rencontres. Kachanov et Medvedev sont tous les deux originaires de Moscou, ils ont le même âge (21 ans), la même taille (1,98m) et à peu près le même classement. Karen Khachanov, qui a perdu contre Roger Federer en demi-finale à Halle et contre Andy Murray en huitième de finale à Melbourne, est déjà 34e mondial. Daniil Medvedev, vainqueur de Stan Wawrinka au premier tour, «seulement» 49e.

Quatre, comme les Trois Mousquetaires

Ils appartiennent tous deux à cette nouvelle volée de joueurs nés en 1996 et 1997 que l’ATP promeut à grands coups de dollars pour combler le trou générationnel creusé par le «Big trop fort», Federer, Nadal, Djokovic, Murray. Parmi ces nouvelles New Balls (réplique d’une célèbre campagne similaire au début des années 2000), les Russes Khachanov et Medvedev, mais aussi Andrey Rublev (1997, 95e mondial). «On se connaît tous depuis que l’on a sept-huit ans, expliquait Daniil Medvedev lundi. Je faisais justement la réflexion à ma copine l’autre jour: si on nous avait dit à 10 ans qu’on serait un jour les trois là, ensemble, à Wimbledon, on ne l’aurait pas cru…»

Comme les Trois Mousquetaires, ils sont en fait quatre, dont un qui n’est pas mousquetaire. Alexander Zverev, 20 ans, douzième mondial, est né à Hambourg. Nationalité: allemande. Mais ses copains l’appellent Sacha. «On joue contre lui depuis nos 10 ans, j’ai souvent fait des doubles avec lui, complétait Andrey Rublev mardi. On est de bons amis, chacun est heureux des succès des autres.»

Zverev, archange à bouclettes (Tazio dans Mort à Venise), et Rublev, au charme plus étrange à la Willem Dafoe, sont dans l’autre moitié de tableau. Ils ont gagné mardi, rejoueront jeudi. Mercredi, c’était donc au tour de Khachanov et Medvedev, les deux gamins de Moscou expédiés sur les courts N°14 et 16.

Dans l’oeil du cyclone

Ces petits courts identiques (trois rangées de sièges de chaque côté, le public au ras du gazon) ne sont séparés l’un de l’autre que par le N°15. Coincés entre le Centre Court et le N°1, protégés de l’agitation extérieure par quelques palissades, ils sont un peu délaissés par les spectateurs. C’est l’oeil du cyclone.

A cinq minutes près, Daniil Medvedev (14h15) et Karen Khachanov (14h20) débutent leur match en même temps. Face à eux, deux figurants du circuit. Des sans-grades classés aux alentours de la 100e place. Dans quelques années, les deux Russes n’en feront qu’une bouchée mais pour l’heure, ils constituent un obstacle réel.

Khachanov est le premier à s’en rendre compte. En boxe, sa puissance et son allonge supérieure lui donneraient un avantage certain. Mais ses coups partent dans le vide, ou (parfois largement) en dehors des limites du court. Thiago Monteiro, sec et accrocheur comme un latéral de football des années 1990, prend ce qu’il peut au service et ne donne pas grand-chose. Souvent mené dans l’échange ou dans le jeu, il revient à chaque fois. Le Brésilien empoche la première manche 6-3.

Comme reliés à distance

Cinquante mètres plus bas, Daniil Medvedev est en train de comprendre comment Ruben Bemelmans a dégoûté Tommy Haas deux jours plus tôt sur ce même court. Medvedev est beau à voir jouer, fluide, délié, mais pas très consistant. Il a encore un physique d’ado russe (guère épais). En parfaite synchronisation avec son pote Karen, il lâche le premier set (6-4). A 29 ans, Bemelmans entrevoit la chance de sa vie. Le Belge tient d’autant mieux son os que Medvedev ne se débat pas trop.

Ou alors contre l’arbitre. Il s’énerve sur une «correction» (avérée, juste sous nos yeux) et se retrouve mené deux manches à rien (6-4 6-2). Ça va vite, donc retour au N°14, en remontant une allée qui, malgré les pots de glaïeuls, embaume la sueur et la crème solaire.

On retrouve Khachanov en mauvaise posture: 4-4 et 15-40 sur son service dans la deuxième manche. Il s’en sort, compense tant bien que mal ses fautes directes par un certain cran et pas mal de toucher à la volée, et pousse Monteiro au tie-break où, à 5-5, le tableau d’affichage derrière lui annonce que Medvedev a breaké dans le troisième set (4-1).

Des pièces jetées à l’arbitre

Karen Khachanov ne le voit évidemment pas mais, comme si les deux amis étaient reliés à distance, remporte le tie-break. Dix minutes plus tard, en contrebas, Medvedev n’est plus mené que deux manches à une (6-3 dans la troisième). Il égalise à deux partout assez rapidement (6-2). La pause qui précède le cinquième set semble lui être favorable (break à 1-1) mais Ruben Bemelmans recolle aussitôt. Daniil Medvedev commence alors à s’énerver, enchaîne les avertissements et les fautes directes. Le match lui file entre les doigts: 6-4 6-2 3-6 2-6 6-3 pour Bemelmans en 2h50. Le Belge tombe à genoux tandis que le Russe farfouille dans son sac, sort son porte-monnaie et jette quelques pièces au pied de l’arbitre comme on donnerait du pain au canard.

Reste Karen Khachanov, toujours aux prises avec son sparadrap brésilien. Le Russe a mené 2-1 (7 points à 3 dans le tie-break de la troisième manche) mais s’est fait breaker à 3-1. Il revient à 4-4 parce que malgré tout son déchet, il y a en lui une force, une obstination, presqu’une conviction qui finissent par avoir raison de la résistance adverse. Thiago Monteiro plie au bout de 3h09: 3-6 7-6 7-6 7-5 pour Khachanov qui n’en rajoute pas.

Pour Daniil Medvedev, le match n’est pas encore fini. C’est en fait du grain à moudre qu’il a donné aux canards. En conférence de presse, il doit s’expliquer sur son geste équivoque. «C’était stupide. J’étais énervé, j’ai fait n’importe quoi. Je m’en excuse.» Les tourments de l’âme russe ont produit des chefs d’oeuvre littéraire. Pour le tennis, c’est parfois contre-productif mais au moins on ne s’ennuie pas.

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