«Il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que des vêtements inadaptés», dit un proverbe écossais. Vrai que les Britanniques, stoïques dans l'adversité météorologique, sont les rois de l'équipement approprié à chaque situation, à chaque activité. Il en est toutefois une qu'ils chérissent et qui ne souffre pas la moindre goutte de pluie: le tennis sur gazon. Hier, Wimbledon a été copieusement arrosé, subissant même les foudres d'un orage tempétueux en fin d'après-midi, si bien que le programme des quarts de finale messieurs a été aussi perturbé que les millibars londoniens. Deux premiers quarts de finale sans cesse interrompus, deux autres renvoyés à un jour meilleur (aujourd'hui, si Dieu le veut), les boys chargés de couvrir les courts ont presque davantage transpiré que les joueurs. Mais, si la courbette à la loge royale a disparu, pas question de jouer lors du dimanche intermédiaire, ou d'installer un toit amovible au-dessus des deux principaux courts.

A vrai dire, la question du toit revient à chaque précipitation. Melbourne s'est bien doté d'une structure qui se déploie lorsque les nuages menacent, garantissant au tournoi un déroulement sans heurts. Mais à Londres, on estime qu'un événement en plein air ne saurait tolérer pareille incartade au pied de la lettre. Vaincre la pluie à l'aide d'un artifice, ce serait déloyal, en quelque sorte.

De même, programmer des matches le premier dimanche parce que la météo annonce une deuxième semaine maussade n'entre pas en ligne de compte. Deux fois seulement, Wimbledon a dû ouvrir ses courts lors de son jour de congé (la dernière fois en 1992, quand il avait plu trois jours sans discontinuer), parce que la première semaine avait été si pluvieuse que le retard pris dans le programme menaçait la suite du tournoi. «Même lorsqu'ils annoncent une dépression, les météorologues peuvent se tromper, répond du reste le chargé de presse de l'All England Club. Changer toute la logistique au dernier moment est par ailleurs diablement compliqué.» Même la perspective de rentrées financières substantielles ne fera pas déroger Wimbledon de son dimanche médian sabbatique: «Les joueurs apprécient ce jour de congé», ajoute l'officiel.

Après la pluie, le beau temps, puis de nouveau la pluie, les tennismen n'ont en revanche pas beaucoup apprécié cette modification impromptue du dicton populaire. Trois fois, il leur a fallu interrompre les débats, des matches plutôt décousus – et pour cause. Sur le Centre Court, le chéri du public Tim Henman a, selon son habitude, joué aux montagnes russes: de 1-5 à 5-5, pour perdre le set au tie-break, gagner le suivant 6-3, trembler du bras et perdre le troisième sur le même score. En face, le Marseillais Sébastien Grosjean, irrégulier lui aussi, sut mieux négocier les points importants. A la quatrième averse (à 2-1 pour Henman), Alan Mills, l'arbitre général, décida de renvoyer tout le monde à la maison. Sur le court No 1, Mark Philippoussis, après avoir «lavé» deux sets durant face au géant allemand Alexander Popp, s'est bien repris, et mène 30-0, 2-2 sur son service dans la manche décisive.

Pour Roger Federer, ce repos supplémentaire a sans conteste été bénéfique pour son dos. Le Bâlois s'est entraîné à la mi-journée avec un junior américain, sans trop forcer, avant de traîner un peu au restaurant des joueurs, puis de regagner la villa qu'il loue sur la colline verdoyante. Son adversaire, Sjeng Schalken, a pu soigner son pied infecté, à coup d'antibiotiques. Les deux seront moins éclopés aujourd'hui pour en découdre, et s'octroyer le droit d'affronter en demi-finale le vainqueur de l'autre match renvoyé, Roddick-Björkman.