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Sur les courts de Wimbledon. Pas de publicité et une proximité entre joueurs et public. 
© Matthew Childs

Reportage

Wimbledon, le tennis intime

Le plus grand tournoi du monde est aussi celui qui cultive le mieux les sensations de proximité et de simplicité. Comme si tout cela n’était au fond qu’un jeu

L’âme du sport est en train de mourir à mesure que les arenas remplacent les stades. Partout, la même architecture, la même ambiance, le même nombre de sièges à l’are, la même inclinaison des tribunes, la même logique de multiplexe de cinéma adaptée au football, au rugby, au hockey.

Le tennis échappe à cette standardisation. Des quatre tournois du Grand Chelem qui marquent la saison, pas un ne se ressemble. L’uniformisation a raboté les différences entre les surfaces mais n’a pas atteint les hommes ni les lieux qui les entourent. Le public est connaisseur à Melbourne, gouailleur à Paris, attentif à Londres, dissipé à New York. Un joueur de tennis ne peut pas évoluer de la même manière à l’US Open qu’à l’Open d’Australie. Il doit tenir compte de l’environnement, c’est ce qui fait le charme unique de ce jeu.

Ce contexte local n’est jamais aussi fort qu’à Wimbledon. Bien sûr, il faut jouer en blanc. C’est l’aspect le plus évident. Exit les motifs zébrés de Melbourne et les taches de peinture bleue sur les shorts de Roland-Garros. Ce que les jeunes gens de la bonne société londonienne faisaient logiquement en 1877 (le blanc est la couleur qui montre le moins les traces de transpiration), les champions de l’ère moderne le perpétuent sous la contrainte d’un dress code souvent remis à jour mais jamais dans le sens d’une plus grande tolérance. «Il faut maintenir une intimité avec le tennis», justifie Philipp Brook, le chairman du club. De la même manière, les publicités sont interdites, hormis celles des prestataires de services: balles (Slazenger), horloges (Rolex), tenues des umpires (Ralph Lauren).

Aubergine et courgette

En 2012, Wimbledon accueillit l’épreuve olympique de tennis. C’était encore un tournoi sur gazon mais ce n’était plus vraiment Wimbledon: il y avait des bâches bariolées un peu partout, Roger Federer (médaille d’argent) portait un tee-shirt rouge, et le public manifestait bruyamment sa préférence pour l’un ou l’autre des joueurs. Le Centre court était devenu un stade, et plus ce cloître à demi plongé dans la pénombre.

A Wimbledon, il y a donc du blanc, en nappage sur les fraises, en nuage dans le ciel ou dans le thé. Le vert est l’autre couleur dominante. Des quatre tournois du Grand Chelem, c’est le seul qui se déroule à la campagne. Bâtie sur une colline, la ville s’est densifiée depuis mais le site est entouré de parcs, de jardins et d’arbres. Au sommet de cette colline trône Wimbledon Village. Une succession de maisons à l’anglaise, briques rouges et bow-window, de boutiques de décoration aux devantures en bois peint. Les commerces se sont mis à l’heure du tennis, balles suspendues devant le restaurant chinois, faux gazon et vrai filet sur la terrasse d’un café. Les couleurs aubergine et courgette du All England lawn tennis and croquet club flottent au vent.

L’adresse la plus célèbre du tennis

Au bout de la rue, sur la droite, commence la descente et Church Road, l’adresse la plus célèbre de l’histoire du tennis. Au détour d’un virage, la façade sud couverte de lierre du Centre Court se dresse, solennelle et majestueuse. Elle contemple le flot de spectateurs qui remplit les allées quelques minutes après l’ouverture des grilles. Quelques élégantes, habillées comme si elles allaient admirer les jonquilles aux jardins royaux de Kew, font tourner les têtes plus sûrement que les gloires d’un passé souvent lointain (Mats Wilander, Fabrice Santoro) mais parfois récent (le héros de l’an dernier Marcus Willis). Petra Kvitova passe inaperçue; elle gagnera peut-être dans deux semaines le Rosewater dish, le plateau d’argent remis à la vainqueur du simple dames.

La foule se disperse rapidement. Les plus chanceux ont un ticket pour les deux terrains principaux, les plus patients font la queue pour les places non réservées des courts secondaires, les plus passionnés se postent le longs des allées qui séparent les courts 4 à 11 – un damier de huit cases où l’on peut suivre les parties assis sur une simple rangée de bancs en bois ou debout derrière –, les plus casual se contentent de s’asseoir sur les marches de la Henman Hill, où l’on vient désormais suivre le parcours d’Andy Murray sur un écran géant.

Le bruit d’une tondeuse

Juste en dessous se situe Aorangi Park, club dans le club, où une dizaine de courts sont à disposition des joueurs pour l’entraînement. Il est 11h30 lorsque Roger Federer s’y présente, en t-shirt bleu ciel. Le blanc n’est exigé que pour les matchs. Le Bâlois s’essaye à quelques mots d’espagnol avec Fernando Verdasco, qui lui cède le court N° 1 alors que le soleil tente une percée. Federer se passe consciencieusement une crème solaire sur le visage, uniquement de la main gauche (la droite doit rester sèche pour tenir la raquette).

L’endroit est privé mais le public peut suivre l’entraînement derrière un grillage en surplomb. Il n’y a pas de cri ni d’applaudissement, juste un silence à la fois admiratif et respectueux. On regarde jouer Roger Federer dans le plus grand tournoi du monde et l’on entend au loin le bruit d’une tondeuse à gazon. Cette proximité et cette distance, c’est ce qui fait le caractère unique de Wimbledon et définit son rapport intime au tennis.


Laaksonen n’a pas tenu la distance

Les gains conséquents octroyés aux battus du premier tour (35 000 livres, 43 650 francs) font croire à tort que jouer au tennis est un moyen facile de gagner beaucoup d’argent. Parlez-en à Henri Laaksonen. Le Schaffhousois, 101e mondial et troisième joueur suisse derrière Wawrinka et Federer, a disputé lundi son premier match du tournoi d’un Grand Chelem. A 25 ans, après huit saisons sur le circuit professionnel et onze tentatives dans les qualifications. A 150 000 francs de frais la saison.

Récompense de ces efforts et sacrifices, Laaksonen était admis cette année dans le tableau principal de Wimbledon. Pas de chance: son adversaire, un qualifié, n’était pas n’importe qui. Lukas Rosol n’est peut-être plus que 213e mondial mais l’homme qui sortit Nadal de l’édition 2012 de Wimbledon reste un adversaire très dangereux. Avec trois matchs de plus dans les jambes, le Tchèque a lentement pris l’ascendant sur Laaksonen qui s’était pourtant montré constant et opportuniste dans la première manche, remportée 6-4.

Comme une pile électrique
Henri Laaksonen manqua ensuite deux balles de break au milieu du deuxième set. Excitée comme une pile électrique, accélérant les échanges, Lukas Rosol n’eut alors de cesse de pousser le Suisse à la faute. Ce qui survint de plus en plus souvent. Au dernier changement de côté, alors qu’il était mené 6-4 5-7 3-6 4-5 service Rosol à suivre, Laaksonen eut un petit sourire en regardant le stade autour de lui, la façade du Centre Court en surplomb, la terrasse en teck du café Pergola. Sait-il quand il reviendra?

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