L’œil du court

Wimbledon: vers la finale que tout le monde attend

CHRONIQUE. Roger Federer et Rafael Nadal sont les deux favoris d’un tournoi de Wimbledon qui va brutalement entrer dans sa phase décisive après dix jours et quatre tours de chauffe, estime Marc Rosset dans sa chronique au «Temps»

Les choses sérieuses vont débuter mercredi à Wimbledon avec les quarts de finale. Jusqu’ici, les favoris n’ont pas été trop inquiétés, voire pas du tout pour Roger Federer, qui s’est promené toute la première semaine. Le tableau masculin n’est pas très équilibré et sa partie (le haut du tableau) est beaucoup moins relevée que celle du bas.

En quatre matchs, Federer n’a pas encore affronté un adversaire digne de ce nom. Jan-Lennard Struff a fait un peu illusion au troisième tour parce qu’il frappe fort mais il n’a pas de défense et son jeu était idéal pour faire briller Federer, qui le contrait facilement avec des retours bloqués. Lundi, Adrian Mannarino a été inexistant pendant plus d’un set. Ensuite, il donne deux fois le break à Federer: à 5-5 dans le deuxième set puis à 4-3 dans le troisième. Roger n’a jamais été en danger sur ce match, et n’a donc jamais été testé avant son quart de finale contre Kevin Anderson.

Tonicité retrouvée

Un parcours aussi facile n’est pas forcément un problème, parce que cela lui permet de s’économiser physiquement mais disons qu’il est difficile de savoir exactement où il en est. Je le trouve bien en jambes, mais cela demande confirmation. En début de saison, je l’avais senti un peu moins fringant que l’an dernier. La situation est certes différente. En 2017, il revenait de blessure et avait beaucoup joué jusqu’au printemps. Il avait alors fait une petite pause pour recharger les batteries avant la saison sur herbe, ce qui lui avait ensuite permis de tenir jusqu’aux Masters. C’est sans doute pour cela qu’il est revenu un peu émoussé début 2018. En ne jouant pas sur terre battue, il s’est offert une longue pause qui lui a permis de retrouver de la tonicité.

Il va maintenant croiser sur sa route deux gros serveurs: Kevin Anderson puis, s’il passe, soit Milos Raonic soit John Isner. Il devra se méfier d’Anderson, qui a été finaliste de l’US Open l’an dernier et qui a failli battre Novak Djokovic ici à Wimbledon en 2015. Il sert bien, il frappe bien des deux côtés. Maintenant, les gros serveurs ne posent pas tant de problème que ça à Federer, qui arrive généralement à les maîtriser parce qu’il retourne bien et a un bon coup d’œil. Face à lui, avoir juste un gros service ne suffit pas, même sur gazon.

Possible remake d’un match historique

Ce Wimbledon se présente très bien pour Federer, qui est appelé à disputer une finale de prestige contre Rafael Nadal, Novak Djokovic ou Juan Martin del Potro. Nadal est le favori de sa moitié de tableau mais il va maintenant devoir gagner deux gros matchs, et d’abord son quart de finale contre del Potro, ce que je me réjouis de voir. Ensuite, il pourrait retrouver Djokovic, qui joue ici dans la continuité de Roland-Garros. On voit qu’il commence à retrouver une certaine densité. Il joue bien et son attitude montre qu’il a retrouvé la flamme.

Une finale Federer-del Potro ou Federer-Djokovic serait une très belle affiche riche de souvenirs mais il est clair que tout le monde attend un Federer-Nadal dix ans après le «monument» de 2008. Cette affiche aurait un tout autre impact parce que le remake de ce match historique est attendu depuis très longtemps. Les deux meilleurs ennemis du tennis ne se sont plus jamais affrontés à Wimbledon depuis.

Ce qui est phénoménal, c’est l’écart – dix ans – qu’il y aurait entre ces deux finales. Le public n’a pas forcément bien conscience de ce que représente un écart de dix ans dans le sport. Pour certains, c’est la durée d’une carrière entière. Et Federer et Nadal sont toujours au sommet. En 2008, leur affrontement était déjà une sorte d’apothéose. Federer comptait 12 titres du Grand Chelem dont cinq Wimbledon, Nadal quatre Roland-Garros. On pensait que ce serait un match pour l’histoire et ils ont continué d’écrire l’histoire les dix années qui ont suivi. Alors oui, franchement, ça vaudrait le coup de remettre ça dimanche.

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