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Novak Djokovic, samedi à Wimbledon.
© Keystone

L’œil du court

A Wimbledon, de vrais favoris et des idées fausses

Le tournoi londonien entre dans sa phase de vérité, estime Marc Rosset dans sa chronique pour «Le Temps»

On ne joue jamais le Middle Sunday à Wimbledon, les Anglais ne plaisantent pas avec la tradition. Cette petite coupure au milieu du tournoi n’a pas d’incidence. Pour ceux qui ont joué samedi, cela ne change rien, et pour ceux qui auront deux jours de pause avant les huitièmes de finale lundi, c’est un cas de figure qu’ils ont sûrement déjà vécu sur d’autres tournois.

Cette pause montre clairement que le tournoi entre désormais dans une autre phase. J’ai envie de dire que les choses sérieuses commencent. Tous les favoris sont là. Il ne manque que Stan Wawrinka. Je ne connais pas la nature de ses douleurs aux genoux mais je ne suis pas inquiet pour lui. Son élimination prématurée est un mauvais résultat mais ce n’est pas la fin du monde. A la limite, en perdant tôt, il s’est donné un maximum de temps pour se reposer et se soigner. Je pense qu’il en avait besoin, il a beaucoup joué depuis l’Open d’Australie.

Sinon, tous ceux que l’on attendait sont présents au rendez-vous des huitièmes de finale. J’ai trouvé Nadal très bon, en confiance. Il a retrouvé son niveau, bouge bien, tape bien. Roger Federer? Bien, mais il faut maintenant qu’il hausse son niveau de jeu. Je pense qu’il le sait. Roger a plus de pression que Nadal dans ce tournoi, parce que même s’il a gagné l’Open d’Australie, Wimbledon est son grand objectif de la saison, le tournoi qu’il préfère. Nadal, lui, est tranquille. Son objectif, c’était Roland-Garros, la decima. Il a gagné Monte-Carlo et Barcelone en prime, fait des finales à Melbourne et Key Biscayne: il joue sans pression.

Si les terrains sont lents, ce qui est possible avec l’usure du gazon, le Big Four sera difficile à déloger. Les surprises ont plus de chances de se produire sur une surface rapide. J’ai trouvé Marin Cilic bon, costaud, mais on sait qu’il peut être très dangereux ici. Kevin Anderson, aussi, joue bien. Milos Raonic, finaliste l’an dernier, ne m’a pas impressionné. Je l’ai trouvé un peu à la peine, pas aussi performant que l’an dernier.

J’ai dit la semaine dernière que Wimbledon était le tournoi le plus ouvert. On risque peut-être de retrouver les quatre mêmes joueurs en demi-finales, mais leur marge ici est tout de même moins importante. Le niveau général est plus dense. Disons qu’à Roland-Garros, le tournoi commence en quarts de finale et à Wimbledon en huitièmes. Il y a déjà quelques confrontations très intéressantes, comme Federer-Dimitrov, Raonic-Zverev, Thiem-Berdych.

On a beaucoup parlé cette première semaine des terrains. Ils ont l’air d’être déjà bien usés, ce qui ralentit les conditions de jeu. Lorsque le gazon se met à ressembler à de la terre battue, on pense immédiatement que cela va être un avantage pour Rafael Nadal. Mais pour l’Espagnol, ce n’est pas tant la vitesse de la balle que la hauteur de son rebond qui importe.

Il y a beaucoup d’idées fausses sur le gazon, y compris chez les joueurs. Le Français Benoît Paire est le cas typique du joueur qui pendant des années répétait qu’il détestait cette surface et qui cette année l’adore. Bien souvent, cet a priori négatif ne repose pas sur grand-chose.

La saison sur gazon est très particulière: trois tournois maximum dans l’année, peu de possibilités de s’entraîner, pratiquement pas de court en herbe hors de l’Angleterre. Je me souviens qu’à mon époque, un seul type à Genève, un privé, possédait un court en herbe chez lui. Pour essayer de m’adapter un peu, je faisais la préparation physique sur des terrains de foot.

Dans ce contexte, il suffit d’une mauvaise expérience, d’un match raté ou d’un court en mauvais état pour en tirer des conclusions définitives et souvent hâtives. Benoît Paire avait dit: «Plus jamais!» et là, il est en train de se rendre compte que son jeu, son service, sa capacité à trouver des angles peuvent être des armes très intéressantes sur gazon. Du coup, il redécouvre le tournoi sous une autre perspective, plus positive.

Au fait, saviez-vous que la terre battue a été inventée à la fin du XIXe siècle par des Anglais, les frères Renshaw? Ils jouaient sur gazon dans le sud de la France mais les brins d’herbe étaient brûlés par le soleil. Ils eurent l’idée de recouvrir le court avec la poudre rouge issue du broyage de pots en terre cuite. Pas sûr que Wimbledon reprenne l’idée…

* Ancien joueur de tennis

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