Football

Xamax, huit points et trois orteils

Battu sur le fil lundi dans le match au sommet de Challenge League, Servette a durement accusé le coup. En face, Neuchâtel s’efforce de ne pas verser dans les sentiments extrêmes

En gagnant sur le fil lundi soir à Genève (1-2) dans le match au sommet de la 17e journée du championnat de Challenge League, Neuchâtel Xamax a peut-être creusé un écart définitif dans la course à la promotion. Servette est à huit points. Il en reste 57 en jeu (19 matches), dont 6 en confrontations directes. «Ce n’est pas fini», assure Meho Kodro, l’entraîneur servettien.

Dans le camp d’en face, son homologue Michel Decastel semblait du même avis. «Nous ne sommes pas encore en Super League. Nous n’y avons même pas un pied.» «Disons que nous avons quand même trois orteils», lâcha le président, Christian Binggeli, avant de se raviser devant la moue sceptique de son entraîneur: «Mais il en reste sept…»

«Attention à ne pas faire de folies»

A condition de ne pas entamer son capital dès vendredi contre le mal classé Winterthour, Xamax aura toute la trêve hivernale pour, sinon se croire à l’étage du dessus, du moins préparer les cartons. En renforçant l’équipe pour maintenir son avance d’une part; en montant un budget pour la catégorie supérieure d’autre part. «Attention à ne pas faire de folies, rappelait un Christian Binggeli désormais totalement dégrisé. Il ne faudrait pas signer des gros contrats que nous ne pourrions pas honorer en cas de non-promotion. Et je vois mal des bons joueurs accepter de venir pour six mois, le reste en option.»

La Challenge League est une catégorie de jeu ingrate, à la fois exigeante et peu attirante. Ceux qui s’y aventurent par choix, joueurs, entraîneurs, sponsors, le font justement pour le challenge. Ils ne sont pas là pour le présent mais pour les perspectives d’avenir. Comme le public, ils sont durs à bouger et prompts à se démobiliser. Miser sur la Challenge League, c’est investir, mais il faut un rendement rapide.

«Ne pas monter ne serait pas une catastrophe»

Lundi soir au Stade de Genève, les espaces pourvus de moquette étaient remplis d’espoirs, de VIP et de petits fours. On n’y servit pas de soufflé mais le penalty de Nuzzolo (88e) et l’action d’école conclue par Corbaz (90e) produisirent le même effet. Et trois étages plus bas, dans les entrailles du stade, là où les crampons claquent sur le béton brut, là où l’on pratique au quotidien le travail sur le long terme et la remise en question permanente, les Servettiens traînaient des têtes de Sisyphe au pied de la colline.

Christian Binggeli pense son Xamax à l’abri de ce genre de secousses émotionnelles. «On revient de tellement loin, vous savez, souligne-t-il avec des accents «facchinettiens». A Neuchâtel, le foot était sinistré. On est remonté petit à petit, en faisant revenir des joueurs neuchâtelois, en tissant des liens solides avec le milieu économique de la région. Cette saison, quand on a vu qu’il n’y avait pas un gros comme le FC Zurich, que Vaduz allait vite rentrer dans le rang et que Schaffhouse perdait ses forces vives, on s’est dit que c’était notre chance. Il reste Servette et nous. Mais ne pas monter ne serait pas une catastrophe. Et puis, monter c’est bien joli, mais il faut se maintenir ensuite!»

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