Dans son survêtement, Xavier Jan flotte comme pratiquement tous les coureurs cyclistes professionnels. Un statut que ce Breton, «fier de l'être», assume depuis 1996. L'essentiel de sa carrière, Xavier Jan l'a passé à la Française des Jeux. Sans vraiment crever l'écran, puisqu'il ne compte aucune victoire chez les professionnels. Deux deuxièmes places lors d'étapes du Tour de France constituent presque ses seuls faits d'armes.

Xavier Jan est plus connu par son statut de porte-parole du syndicat des coureurs français. Une fonction dont il a hérité par la force des choses. Kinésithérapeute de profession, le Breton est un des seuls coureurs à avoir une formation médicale. Fin 1998, alors que le suivi longitudinal français se mettait en place en réponse à l'affaire Festina, le docteur Armand Mégret, médecin national de la Fédération française de cyclisme (FFC), l'a invité, ainsi que d'autres coureurs, à participer à une réunion de travail. Il fut le seul à répondre présent. Depuis, Xavier Jan a suivi toutes les séances traitant du dopage.

Cyclisme à deux vitesses

Depuis, certaines de ses déclarations, notamment lorsqu'il avait dénoncé le cyclisme à deux vitesses, ont créé beaucoup de remous, ce qui l'a rendu prudent: «Cette fonction n'est pas facile. On prend constamment des coups, en particulier lorsque les commentaires sont mal interprétés.» Comme par exemple lors du dernier Dauphiné Libéré, lorsqu'il s'était interrogé publiquement sur l'équipe basque Euskaltel. «Je n'ai jamais dit que les coureurs de cette équipe étaient dopés. Si mes propos ont blessé les coureurs, je m'en excuse publiquement.» Puis, pensif, il continue: «Avec le temps, j'ai appris à ne pas tout dire pour privilégier le dialogue, bien que ce ne soit pas toujours évident.» Sur ce Tour de France, le Français ne veut pas porter de jugement. «On fera le bilan plus tard. Et puis je ne parlerai que lorsque j'aurai consulté mes collègues. Mes sentiments ne regardent que moi.» Plus optimiste, il s'en tient aux enseignements de la réunion de Genève: «Je ne sais pas si le test sera effectivement validé rétroactivement. Je retiens seulement que pour la première fois, tout le monde s'est assis autour d'une table. Implicitement, on a reconnu qu'il y avait un problème. C'est un bon début.»

Au sein du peloton, les prises de position de Xavier Jan ne sont pas toujours appréciées, notamment par les membres des formations étrangères. Mais lorsqu'on lui demande comment il vit la chose, Xavier Jan se dérobe: «On n'a plus envie de parler de ça, mais de sport. Cela fait deux ans que l'on traîne un boulet. On a fait beaucoup de choses, mais cela nous est retombé la plupart du temps sur la gueule.»

Néanmoins, à demi-mot, il reconnaît qu'il existe un clivage entre les coureurs de son pays et les autres: «Les coureurs étrangers n'ont pas vécu ce que la plupart des Français ont vécu. Ils ont été marqués à vie par les gardes à vue en compagnie de brigands ou de violeurs. Ils n'ont pas envie de revivre cette situation. C'est pour cela que notre réaction a été plus forte qu'à l'étranger. Nos collègues doivent aussi faire l'effort de comprendre.»

Son rôle, Xavier Jan l'assume pour le bien du cyclisme «qui lui a beaucoup donné.» Mais il n'a pas envie de se sacrifier dans le vide. Et de prévenir: «Si un jour, je m'aperçois que les choses n'avancent plus, alors j'arrêterai.»