Football

Il y a 736 joueurs à la Coupe du monde, dont quatre seulement jouent en Suisse

Le championnat de Super League est de moins en moins représenté en Coupe du monde. C’est l’un des nombreux constats qui ressortent de l’étude des clubs où évoluent les footballeurs sélectionnés

L’équipe de Suisse disputera en Russie sa quatrième Coupe du monde consécutive, s’affirmant comme l’une des nations incontournables du football européen du XXIe siècle. Mais le championnat national, lui, sera très mal représenté lors du tournoi. Seuls quatre joueurs évoluant dans des clubs helvétiques ont été retenus: le Suisse Michael Lang (Bâle), le Costaricain Yeltsin Tejeda (Lausanne), ainsi que les Australiens Trent Sainsbury (Grasshopper) et Tomi Juric (Lucerne). Ce chiffre n’avait plus été aussi bas depuis 2002, la dernière édition à s’être disputée sans l’équipe de Suisse.

  • Terre de transit

Parmi les 736 joueurs qui participeront au Mondial, ils sont tout de même 38 (dont 34 anciens) à être passés par la Super League: 23 joueront pour la Nati, 15 sous d’autres couleurs. Parmi ces derniers, ceux qui ont le plus marqué les esprits sont l’ex-Sédunois Moussa Konaté (Sénégal) ainsi que les anciens Bâlois Birkir Bjarnason (Islande), Ivan Rakitic (Croatie), Mohamed Salah et Mohamed Elneny (Egypte). Les Pharaons arboreront d’ailleurs une teinte particulièrement helvétique en Russie avec, en tout, pas moins de cinq anciens pensionnaires de Super League.

Parmi eux, Essam El-Hadary deviendra, à 45 ans et pour sa première participation au tournoi, le joueur le plus âgé à disputer une Coupe du monde. Le portier, qui a fait ses débuts en sélection en 1996, avait fait un passage remarqué au FC Sion, sur le terrain, en remportant la Coupe de Suisse 2009, comme en dehors, où les conditions abracadabrantes de son transfert avaient donné lieu à un long bras de fer juridique entre la FIFA et le club valaisan.

  • La rupture de l’arrêt Bosman

En 1995, le fameux arrêt Bosman limite drastiquement la politique des quotas de joueurs étrangers en vigueur dans les championnats européens et ouvre la voie à une explosion du nombre de transferts internationaux. La composition de la Nati, comme celle de nombreuses autres sélections, s’en ressent grandement, passant d’un effectif issu à une très large majorité du Championnat suisse jusqu’en 1994 à un effectif très largement expatrié depuis le Mondial 2006. En 1994, seuls 4 joueurs de la liste des 22 évoluent dans des clubs étrangers. En 2006, le rapport est totalement renversé et ils ne sont que 6 sur 23 à évoluer dans des clubs du pays. En Russie, Michael Lang (Bâle) est le seul joueur de Super League dans l’effectif de Vladimir Petkovic.

Tous les internationaux suisses ont par contre fait leurs premières armes au plus haut niveau en Super League, avant de s’expatrier… Sauf Johan Djourou, qui n’a disputé que quelques rencontres de 1re ligue avec Carouge avant de rejoindre, à 16 ans seulement, le centre de formation d’Arsenal.

Depuis 1995 et l’arrêt Bosman, c’est la Coupe du monde 2006 en Allemagne qui a réuni le plus de pensionnaires de Super League. En plus des six joueurs de la Nati à y évoluer, ils n’étaient pas moins de huit sous d’autres couleurs, record absolu. Parmi eux, la légende australienne du FC Bâle Scott Chipperfield, le Serbe Ivan Ergic ou encore le Ghanéen Alex Tachie-Mensah.

  • Les précurseurs d’avant-guerre

Si l’arrêt Bosman a largement contribué à ouvrir les frontières du monde du football, quelques pionniers helvétiques ont brillé dans les pays voisins longtemps auparavant. Ainsi, la liste des 22 du Mondial 1938 en France compte deux joueurs évoluant dans l’Hexagone: le Neuchâtelois André «Trello» Abegglen sévit à deux pas de la frontière, au FC Sochaux-Montbéliard, alors qu’Alessandro Frigerio, d’origine colombienne, joue au Havre AC. Ils sont, en compagnie du Hongrois Kohut (qui joue à Marseille), les seuls expatriés à prendre part à cette troisième édition de la Coupe du monde. 

André Abegglen est un des meilleurs attaquants de son temps. Il termine notamment meilleur buteur du Championnat de France 1934-1935, qu’il remporte avec Sochaux. Lors du Mondial 1938, il inscrit un triplé face à l’Allemagne au premier tour, dans un match que la Nati remporte 4-2.

  • Les internationaux de Super League

Depuis les débuts de la compétition en 1930 et en tenant compte de l’édition 2018, 43 joueurs non suisses évoluaient dans un club suisse au moment de prendre part à la Coupe du monde. L’attaquant suédois Ove Grahn fut le tout premier d’entre eux: en 1970, il joue à Grasshopper lorsqu’il est retenu pour l’aventure mexicaine. En tout, il passe dix ans en Suisse (1966-1976), huit ans à Grasshopper et deux à Lausanne, et participera encore à la Coupe du monde 1974 en Allemagne.

La Nati mise à part, le pays qui a sélectionné le plus souvent des joueurs évoluant en Suisse est l’Australie (7), devant la Suède (5) et la Côte d’Ivoire (4).

Dans la liste des joueurs qui évoluaient dans un club suisse au moment de se rendre au Mondial, quelques-uns ont marqué l’histoire du football bien au-delà de nos frontières. Le Colombien Andres Escobar, qui évoluait à Young Boys juste avant de disputer la Coupe du monde 1990, entrera tragiquement dans l’histoire quatre ans plus tard, lors du Mondial américain: auteur d’un autogoal précipitant la chute de son équipe au premier tour, il est assassiné à son retour en Colombie.

Toujours en 1994 aux Etats-Unis, la Bulgarie termine à une surprenante quatrième place. Dans ses rangs, Trifon Ivanov, un défenseur atypique surnommé «le loup bulgare», jouait alors pour le Neuchâtel Xamax de Gilbert Gress.

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  • Lausanne devant Bâle

Grasshopper, le plus titré des clubs suisses, est aussi celui qui a envoyé le plus de joueurs à la Coupe du monde (29). Derrière, petite surprise puisqu’on retrouve le Lausanne-Sport avec 27 joueurs, contre 26 pour le FC Bâle. Dans ce classement particulier, Servette est le cinquième pourvoyeur d’internationaux (23), La Chaux-de-Fonds le septième (12), Sion le huitième (11, dont 6 qui faisaient partie de la sélection de Roy Hodgson pour le mondial américain en 1994). Trois autres clubs romands ont également envoyé au moins l’un des leurs au Mondial: Neuchâtel Xamax (3, dont 2 par son ancêtre, le FC Cantonal), La Tour-de-Peilz (1) et Urania Genève Sport (1).


Le paradoxe anglais

Si l’équipe d’Angleterre a pris la mauvaise habitude de passer à côté des grands rendez-vous, la Coupe du monde permet de mettre en évidence la toute-puissance de ses clubs. Après l’arrêt Bosman, soit depuis la Coupe du monde 1998, le championnat anglais a été à chaque fois le plus gros pourvoyeur de joueurs de la Coupe du monde. C’est encore le cas en Russie, où pas moins de 130 sélectionnés sur 736 (soit presque 18%) évoluent dans des clubs anglais, un record.

En plus des 23 joueurs de la sélection domestique qui évoluent tous sur leur île, ils sont donc 107 «Anglais d’adoption» à disputer la Coupe du monde sous le maillot d’une autre sélection, soit près de cinq listes complètes de 23 joueurs. La Premier League devance sans surprise le quatuor des autres grands championnats européens (Espagne, Allemagne, Italie, France), dont sont issus 385 sélectionnés, soit plus de 52% des joueurs engagés en Russie. Ils étaient 388 en 2014, mais l’équipe d’Italie s’était alors qualifiée, gonflant logiquement le total. La Coupe du monde est donc un indicateur, parmi tant d’autres, de la puissance grandissante des cinq grands championnats européens.

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Certaines données utilisées dans cet article ont été récoltées avec l’aide de l’Observatoire du football du Centre international d’étude du sport (CIES) à Neuchâtel.

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