Enfants

Y a-t-il des sports de filles et des sports de garçons?

Docteure en psychologie sociale, Anne Dafflon Novelle s’intéresse aux activités pratiquées par les enfants sous l’angle de la socialisation différenciée entre les genres. Elle appelle à diversifier les expériences

Peut-on parler de sports de filles, et sports de garçons? L'analyse d'Anne Dafflon Novelle, docteure en psychologie sociale, qui a notamment dirigé l'ouvrage «Filles-garçons : socialisation différenciée?».

La question de la ségrégation des sports

«Les recherches montrent que les filles et les garçons n’intègrent pas le même type d’activités. Il existe une forte ségrégation entre les sports dits «féminins», comme la gymnastique ou la danse, et ceux dits «masculins», le football ou le hockey sur glace. Or, chaque discipline apporte des compétences différentes à un enfant, et elles sont importantes. A la naissance, seules 10% des connexions neuronales d’un individu sont faites. Les 90% restantes s’effectuent progressivement pendant l’enfance et l’adolescence, et les activités pratiquées y contribuent.»

Les vertus des sports collectifs

«Les sports «de garçons» se jouent souvent en équipe. On y valorise très tôt l’esprit de compétition, même lors des entraînements où de petits matches sont organisés en fin de séance. Chaque semaine, il y a donc des gagnants et des perdants, ce qui habitue les enfants à être confrontés à l’échec et à se relever. Dans les disciplines plus «féminines», on trouve moins d’esprit de compétition, on pratique le sport ensemble. Il y a souvent des paliers à franchir, des tests à réussir, mais les entraîneurs n’y inscrivent les enfants que quand ils sont prêts. On y apprivoise moins l’échec. Cela se traduit dans la vie future: les recherches montrent qu’en quête d’un nouvel emploi, les hommes postulent même lorsqu’ils ne correspondent qu’à 30 ou 40% des exigences d’un poste, tandis que les femmes ne le feront que si elles remplissent 70 ou 80% des critères, car elles anticipent l’effet dévastateur qu’un échec pourrait avoir sur elles.»

Le besoin de prouver

«Il n’est pas simple d’inscrire sa petite fille au foot. Jusque vers ses 5 ans, un enfant considère qu’il est un garçon ou une fille en fonction de ce qu’il fait. Passez une jupe à un garçon et il considérera être devenu une fille. Aussi, à peu près à l’âge où ils commencent un premier sport, les enfants refusent catégoriquement de s’engager dans une activité associée à l’autre genre. Il n’y a par contre pas de problème à pratiquer une activité moins «marquée» que le foot ou la danse. Mais comme à cet âge-là, les enfants ressentent le besoin de prouver qu’ils sont un garçon ou une fille, ils préfèrent souvent faire un sport très associé à leur genre.»

Une diversité salutaire

«Diversifier les activités me semble être un bon moyen d’acquérir plusieurs compétences. Pour que les petites filles acceptent de se tourner vers des sports d’équipe, qui présentent de nombreux avantages pour la vie future, il faut faire évoluer les représentations. Les parents peuvent présenter des modèles, des championnes. Ainsi, elles pourront plus facilement se projeter. Et pour les garçons, c’est encore plus difficile de pratiquer une activité dite féminine. D’abord, notre société offre plus de prestige social aux activités masculines. Ensuite, il y a la crainte – complètement infondée – de faire d’un petit garçon un homosexuel en l’inscrivant à la danse. Ce n’est pas une idée qui s’exprime volontiers publiquement, mais elle existe.»

L'enjeu sociétal

«Il faut favoriser la mixité dans les activités pratiquées. Aujourd’hui, nous parlons beaucoup d’en apporter dans les conseils d’administration ou les structures politiques, mais lorsqu’un enfant vit ses premières expériences de socialisation, c’est dans un environnement social non mixte. Changer les choses à la base pourrait faire évoluer de nombreux aspects.»

Publicité