On attendait un combat de reines, ce fut une promenade de santé d'une heure seize minutes à l'issue de laquelle Naomi Osaka (23 ans) a raccompagné son aînée, Serena Williams (39 ans) vers la sortie (6-3 6-4). La Japonaise, tête de série numéro 3, disputera samedi sa quatrième finale en grand chelem (elle a remporté les trois premières), contre l'Américaine Jennifer Brady (25 ans), tombeuse de la Tchèque Karolina Muchova en trois manches (6-4 3-6 6-4).

Les deux joueuses se sont récemment affrontées en demi-finale de l'US Open. Naomi Osaka l'avait emporté en trois manches. Elle sera favorite pour succéder au palmarès à Sofia Kenin, présente dans les tribunes au lendemain de son opération de l'appendicite. La manière dont la Japonaise a écarté Serena Williams de sa route a impressionné. Plus que le score (6-3 6-4), c'est la marge séparant les deux joueuses qui frappe les esprits. Alors que Williams semblait avoir retrouvé son meilleur niveau et une excellente condition physique, alors qu'Osaka n'a même pas forcément très bien joué, notamment au service (36% de premières balles dans la première manche, 46% au total, mais ses secondes balles sont illisibles), il n'y a pas eu match.


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Un sursis inespéré

Serena Williams prit le meilleur départ et breaka d'entrée. Menée 0-2, Naomi Osaka fut à un point de concéder un double break mais rétablit la situation et marqua cinq jeux consécutifs (5-2), pour finalement empocher le premier set en 38 minutes (6-3). Elle prit tout de suite ses distances et le premier jeu de service de son adversaire dans la seconde manche, mena 2-0, puis 4-2. A 4-3, Naomi Osaka commit trois doubles fautes et laissa Serena Williams revenir à sa hauteur, pour la plus grande joie des 7500 spectateurs autorisés dans la Rod Laver Arena.

Cette demi-finale aux allures de finale avant la lettre (mais il apparaît maintenant que c'est le quart de finale d'Osaka contre Muguruza qui était une demi-finale avant la lettre) coïncidait avec le retour (modéré) du public à Melbourne, après cinq jours de reconfinement strict dans la ville suite à la réapparition d'un cas positif de Covid-19. 

Serena ne fait plus peur

La défaillance inattendue d'Osaka à ce moment de la partie témoigne d'un fait nouveau dans la carrière de Serena Williams. Face à une bonne demi-douzaine de joueuses au meilleur de leur forme, elle ne peut plus désormais compter sur ses seules forces pour l'emporter. Elle peut également de moins en moins s'en remettre à deux sentiments qu'elle inspire chez ses rivales, le respect d'une manière générale et la peur en fin de match, au moment de conclure. 

Elevée au tennis avec les standards physiques et mentaux imposée par Serena Williams («Quand j'étais petite fille, je la regardais jouer, et le simple fait d'être sur le court contre elle, c'est un rêve pour moi», redit-elle encore après sa victoire), Naomi Osaka n'a jamais tremblé, et n'a jamais craint de voir son adversaire retourner le match. Derrière son break concédé, la Japonaise remporta huit points consécutifs pour conclure (6-3 6-4). C'est elle, aujourd'hui, qui suscite le respect et la peur. «Je ne veux souhaiter à personne d'être nerveuse, mais il est possible que mon adversaire en finale le soit», lâcha-t-elle, sibylline.

Un cœur et des larmes

Depuis sa dernière victoire ici même en 2017, Serena Williams reste collée à 23 titres du grand chelem en simple. C'est un de plus que Steffie Graf, peut-être la plus belle joueuse de l'ère moderne, mais un de moins que Margaret Court Smith, héroïne des temps anciens ayant mal tourné, devenue imprécatrice religieuse encombrante et homophobe. Lors de ce dernier grand titre de 2017, Serena Williams était déjà enceinte de sa fille Olympia. L'accouchement fut suivi de complications qui lui laissèrent des séquelles et l'handicapèrent durant plus d'un an.

D'autres ennuis de santé et une fébrilité grandissante à mesure qu'elle s'approchait de la finale et du record lui coûtèrent d'autres désillusions, à Wimbledon (finales 2018 et 2019) et à l'US Open (finales 2018 et 2019). Quittant le court, Serena Williams se tourna une dernière fois vers le public et plaça ses doigts en forme de cœur. Des adieux? «Si un jour je fais mes adieux, je ne le dirai à personne», répondit-elle en conférence de presse, où elle apparut très déçue mais aussi émue. A un journaliste lui demandant pourquoi elle avait commis tant de fautes durant ce match, elle répondit «Je ne sais pas», puis mit fin à l'exercice et quitta la salle en pleurs.