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Marco Streller (à gauche), lors d’un match de son équipe de Dornach, en août 2015. 
© THOMANN SVEN

Football

Il y a plus d’internationaux suisses en vétérans qu’en Super League

Des années après leur retraite professionnelle, Frei, Streller, Chapuisat et les frères Yakin continuent de jouer en amateur dans la catégorie Seniors +30. Pour eux, ce sont les saisons du plaisir

Partir le vendredi matin au travail avec son sac pour le soir. S’efforcer de maintenir un semblant de diététique à la pause déjeuner. Envoyer un sms dans les bouchons pour prévenir que l’on sera un peu en retard. Chercher son vestiaire dans le dédale des centres sportifs municipaux aux concierges revêches. Le trouver. Saluer à la hâte les coéquipiers, essuyer leurs «amorces», enfiler son maillot, se réjouir intérieurement d’être là, chausser ses Copa Mundial. Et sortir s’échauffer pour le match, dans le cliquetis des crampons sur le carrelage et les odeurs de camphre, si le préposé à la pharmacie y a pensé.

Ce rituel ouvre le week-end de dizaines de milliers de footballeurs amateurs. Il est aussi devenu le décor ordinaire de quelques joueurs extraordinaires. Des grands noms du football suisse – les plus grands – qui, leur carrière professionnelle achevée, continuent de jouer dans les catégories inférieures et, de plus en plus, dans le championnat Seniors (+ de 30 ans). Celui où brillent ceux que l’on nomme communément les vétérans. Le grand avantage en Seniors, c’est que les matchs se jouent le jeudi soir ou le vendredi soir, ce qui laisse les week-ends libres pour la famille.

Plus de 800 sélections en équipe de Suisse

Un rapide balayage du pays rend compte de l’ampleur du phénomène. A Genève, Lionel Pizzinat joue à Perly, où Patrick Müller a pris une licence. Eddy Barea porte le maillot noir et blanc du FC Choulex, Anthony Braizat (ex-Toulouse et Servette) et Grégory Duruz (deux fois champion de Suisse avec Sion et Bâle) celui rouge à croix de Malte du FC Compesières. Avant de quitter Servette cet hiver, l’Anglais Kevin Cooper et son assistant Mario Cantaluppi évoluaient parfois avec St-Paul. Dans le canton de Vaud, Stéphane Chapuisat, Marc Hottiger et Régis Rothenbühler jouent à Malley, où ils raflent presque tous les titres cantonaux depuis dix ans. Ils y ont été un temps accompagnés par Martin Rueda, Fabio Celestini ou Xavier Dietlin. Christophe Ohrel, lui, avait trouvé plus amusant de les affronter avec Crissier.

La tendance est moins marquée en Valais où seul l’ancien milieu de terrain du FC Sion Franck Renou s’est fixé à Monthey. En Suisse centrale, elle se cantonne à quelques clubs: Münsingen dans le canton de Berne (Fabio Collaviti, Joël Magnin, Luca Zanni), Littau dans le canton de Lucerne (Herbert Baumann, les frères Christian et Thomas Wyss, tous formés au club).

Pluie de stars dans le groupe bâlois

Mais c’est à Bâle que le phénomène est en train de prendre des proportions incroyables. Dans le groupe Senioren 30 + Meister de l’Association régionale de Suisse orientale, on retrouve Marco Streller et Benjamin Huggel au SC Dornach, les frères Murat et Hakan Yakin à l’AS Timau Basel et Alexander Frei et Raphaël Wicky au FC Biel-Benken. Du très lourd, qui a fait dire à Daniel Baumgartner, gardien du FC Pratteln et… pasteur de la commune: «Nous avons sans doute plus d’internationaux dans notre championnat que dans toute la Super League!»

C’était en août 2015, quand toute la presse alémanique s’était déplacée pour suivre Biel-Benken-Dornach et les retrouvailles entre Frei et Streller. Il n’y avait personne le 17 avril dernier à Dornach (le leader) pour le match retour où Biel-Benken, relégable et sans Alex Frei, a pris 14-1, cinq buts de Streller et trois de Huggel. «C’est parfois difficile, avoue Alex Frei, qui ne sait pas s’il jouera encore la saison prochaine. J’ai du mal à accepter que la passe n’arrive pas dans les pieds, ça ne me «nourrit» pas. Mais je suis bien dans cette équipe, ce sont tous des amis d’enfance et ils organisent chaque année un tournoi qui porte mon nom.»

«Se libérer pour venir est parfois plus difficile que gagner le match»

Stéphane Chapuisat, 47 ans en juin, ne compte pas s’arrêter. «Pour moi, c’est l’occasion de revoir les copains et de faire du sport. Tant que je pourrai le faire, je continuerai. Sans rendez-vous fixes, on reporte et on finit par ne plus rien faire.» A Malley, l’équipe vieillit, alors que l’âge minimum pour la catégorie a été abaissé l’an dernier de 32 à 30 ans. «Chez nous, huit à neuf pourraient jouer en +40. On s’en sort avec l’expérience. Lorsque tout le monde est là, on parvient à garder la balle et avec un peu de patience, on bat les jeunes.» Se libérer pour les matchs est presque le plus difficile. «Il nous est arrivé de perdre des finales cantonales parce que le match était fixé un samedi matin à 9h».

Cinq fois par an, le samedi est également le jour des tours de la Coupe de Suisse Seniors. Une très belle épreuve qui regroupe le champion et le vainqueur de la Coupe de chaque canton ou association régionale. L’occasion de sillonner le pays en car, comme au bon vieux temps, et de retrouver le parfum de la compétition. Pour y participer, Biel-Benken, alors en deuxième degré régional, avait aligné Frei, Wicky et Huggel dans une improbable demi-finale de Coupe bâloise contre Timau Basel au printemps 2014. Alex Frei avait marqué quatre buts mais Timau, avec le seul Murat Yakin, avait gagné le match 7-4 puis la Coupe. Durant l’été, Murat Yakin signait un contrat d’entraîneur à Moscou et Timau Basel était rapidement éliminé de la Coupe de Suisse. «Une année, on a tous fait l’effort pour se libérer et aller au bout», se souvient Stéphane Chapuisat, champion de Suisse en 2008 avec Malley.

Les mêmes ressorts qu’en pros

Eddy Barea, lui, l’a été en 2010 avec le FC Choulex. «Franchement, j’y ai pris autant de plaisir que lors du titre avec Servette, assure le Genevois. Etre champion national, quel que soit le niveau, c’est toujours un aboutissement.» A 42 ans, l’ancien capitaine de Xamax, aujourd’hui banquier et consultant pour la RTS, continue pour le plaisir. Il manque certains matchs, se claque parfois, a même dépanné au but, mais qu’importe! «Je pourrais me contenter de venir aux entraînements. J’adore ces ambiances d’équipe. Un vestiaire de foot, c’est le dernier endroit où l’on croise toute sorte de gens, de tous les milieux et de toutes les origines.»

Lionel Pizzinat est venu à Perly tout de suite après la fin de sa carrière à Servette. «Mon frère Fabien y jouait déjà, et puis je voulais arrêter avec Servette. Je n’avais pas envie de jouer pour d’autres clubs en actifs.» Il assure y trouver du plaisir. «Nous avons gagné deux fois la Coupe de Suisse mais cette saison nous avons un peu plus de peine. Cet automne, nous avons perdu deux matchs à la suite et cela nous a un peu perturbés. L’observer, essayer d’y remédier, c’était très intéressant. Les ressorts psychologiques qui animent une équipe sont partout les mêmes.»

Le FC Perly-Certoux tentera de remporter une troisième Coupe de Suisse consécutive contre le SC Buochs de Reto Zanni, 36 ans, revenu dans son club formateur après une carrière riche de quatre titres nationaux avec le FC Bâle. Le match a lieu à Casiano (TI), le samedi 28 mai. Le jour de la finale de la Ligue des Champions.

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