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Le gardien Marco Wölfli, héros du match et symbole de ce YB victorieux, porté en triomphe par ses supporters à la fin du match

Super League

Young Boys, la victoire des vaincus

Vainqueurs de Lucerne samedi (2-1), les Bernois ne peuvent plus être rejoints à quatre journées de la fin de la saison de Super League. Le club de la capitale, qui attendait cela depuis trente-deux ans, a longuement fêté cette délivrance

Lorsque la voix de Freddie Mercury a retenti dans le Stade de Suisse, les supporters des Young Boys, qui avaient presque tous envahi la pelouse synthétique, n’ont pas manqué d’entonner l’hymne des stades au printemps. Ils ont chanté une strophe avec plus de force, de joie, de rage et peut-être même d’incrédulité que toutes les autres: «No time for losers / Cause we are the champions / Of the world.»

Bon, «du monde» peut-être pas, mais de Suisse, ça, c’est fait et c’est déjà pas mal pour ce club qui traînait depuis ses derniers trophées (le titre en 1986, la Coupe en 1987) une tenace réputation de perdant. Désormais, YB n’est plus un club de losers et le football suisse s’est réveillé dimanche avec un autre champion que le FC Bâle, titré huit fois de suite depuis 2010. Vainqueurs samedi du FC Lucerne (2-1) les Bernois ne peuvent plus être rejoints à quatre journées de la fin de la saison.

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Alors qu’ils comptaient 13 points d’avance sur Bâle avant la rencontre, que leur sacre n’était qu’une question de jours et que le trophée ne devait de toute façon pas leur être remis samedi, les Young Boys ont abordé ce match contre Lucerne comme une finale de Coupe. C’est-à-dire avec beaucoup de passion mais aussi beaucoup de tension.

Lucerne, l’une des bonnes équipes du second tour, en profita pour ouvrir le score au retour des vestiaires grâce à Christian Schneuwly (47e). YB égalisa cinq minutes plus tard sur un penalty peu évident, placidement transformé par le spécialiste Guillaume Hoarau (52e, 1-1). En toute fin de match, le Réunionnais remisait intelligemment de la tête un bon centre de Miralem Sulejmani. A l’affût, Jean-Pierre Nsamé délivrait tout un peuple jaune et noir (89e, 2-1).

Wölfli, le symbole

Avant l’extase, le stade s’était fait très peur lorsque l’arbitre dicta un penalty pour Lucerne (76e). Mais Marco Wölfli plongea sur sa gauche et, de sa main droite, détourna le tir de Hviliya sur sa transversale. Le gardien bernois fut porté en triomphe à la fin du match par ses supporters. Il faut dire que son histoire résume parfaitement celle de son club de toujours. Arrivé à 17 ans à Berne en 1999, le Soleurois n’a jamais quitté le canton, et la ville qu’une seule fois: le temps d’un prêt pour s’aguerrir à Thoune (saison 2002-2003).

Surtout, Wölfli symbolise à lui seul ces années d’errance, de frustration et même de moquerie qu’a endurées YB durant sa traversée du désert. Il est trois fois deuxième du championnat (2008, 2009, 2010), deux fois finaliste de la Coupe de Suisse (2006 et 2009). En équipe de Suisse (11 sélections tout de même), il est barré par Diego Benaglio. A YB, il perd sa place au profit d’Yvon Mvogo. Lorsque le Fribourgeois est transféré à Leipzig, le club recrute David von Ballmoos et Marco Wölfli, dans sa dernière année de contrat à bientôt 35 ans, semble devoir finir sa carrière dans l’anonymat du banc de touche. Et puis von Ballmoos se blesse en décembre et Adi Hütter décide de lui faire confiance.

Adi Hütter, paris gagnés

L’entraîneur autrichien a tenté et réussi de nombreux autres paris à YB. Comme de miser sur un libéro jugé trop vieux et trop lent (Steve von Bergen). Ou d’accepter de vendre cet été trois pièces maîtresses, Yvon Mvogo (Leipzig), Yoric Ravet (Freiburg) et surtout Denis Zakaria (Mönchengladbach). Pour le quart de la somme totale de ces ventes, YB a recruté des joueurs à fort potentiel comme Djibril Sow (Mönchengladbach), Jean-Pierre Nsamé (Servette), Kasim Nuhu (Majorque), Jordan Lotomba (Lausanne), Christian Fassnacht (Thoune) et finalisé l’achat de joueurs prêtés, Roger Assalé et Kevin Mbabu.

Organisés dans un 4-4-2 classique, les Young Boys ont su se défaire de leur dépendance à Guillaume Hoarau. Là encore, une bonne intuition puisque le Français a longtemps été blessé. Hoarau est certes meilleur buteur de Super League, mais avec 14 buts seulement (dont cinq penaltys). Meilleure attaque du pays, YB place quatre joueurs parmi les cinq meilleurs buteurs (Hoarau, Nsamé, Assalé et Sulejmani).

Cette gestion très intelligente a permis à Adi Hütter, plus «vieil» entraîneur en poste en Super League (il est là depuis l’été 2015), de réussir là où d’autres, et non des moindres (Vladimir Petkovic, Christian Gross, Uli Forte), avaient échoué. Il a pu s’appuyer sur son directeur sportif Christoph Spycher, ancien latéral à grosses cuisses et gros cœur, qui s’est efforcé de détricoter le défaitisme confortable dans lequel le club s’était emmailloté au fil du temps. Il n’y avait pas de fatalité.

La défaite des préjugés

Ce YB au sommet porte également un coup fatal à d’autres clichés. Dont ceux popularisés par Rolf Fringer sur «la mentalité welsche», jugée incompatible avec la conquête de grands titres. La lecture de l’effectif du nouveau champion de Suisse permet toutefois de constater la présence de dix francophones. Celle de son organigramme souligne l’influence de trois Romands (le Fribourgeois Joël Magnin, entraîneur de la réserve, le Vaudois Stéphane Chapuisat, chef scout, et le Genevois Gérard Castella, responsable de la formation).

Le onze type repose même sur une majorité de Romands (Von Bergen, Mbabu), de Français (Hoarau, Nsamé) et d’Africains (Nuhu, Sow, Sanogo, Assalé), tous ces gens supposés «cools, qui aiment la vie et boire des cafés» mais pas fiables quand il faut mettre le pied, selon la définition de Rolf Fringer.

Cet hiver, alors que Bâle avait refait presque tout son retard sur YB, un observateur du football suisse nous en avait expliqué la raison. «Il y a trop d’Africains dans l’équipe», disait-il. Nous avions d’abord pensé qu’il faisait allusion à la Coupe d’Afrique des nations, organisée en février, qui est souvent un casse-tête pour les clubs européens; mais non, elle n’aura lieu qu’en 2019. «Ce sont de bons joueurs, reprenait notre interlocuteur, mais quand il y a en a trop dans un vestiaire, ils prennent le pouvoir et les problèmes commencent.» Peut-être le titre haut en couleur remporté par Berne aidera-t-il à changer les mentalités.


Relégation

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