Cyclisme

A Yverdon, tant pis pour les sprinteurs

Le Belge Thomas De Gendt a remporté en solitaire la deuxième étape du Tour de Romandie, pourtant identifiée comme propice à une arrivée massive

Après plus de quatre heures et 170 kilomètres d’effort, Thomas De Gendt a eu le temps d’ajuster son maillot et d’essuyer la transpiration perlant sur son visage histoire d’avoir de l’allure sur la ligne d’arrivée. Ses deux minutes d’avance lui autorisaient toutes les coquetteries. Le Belge de 31 ans, coureur tout-terrain sans spécialité affirmée ni lacune majeure, a triomphé en solitaire au bout d’une étape qui a emmené le peloton du Tour de Romandie de Delémont, dans le Jura, à l’avenue des Sports d’Yverdon-les-Bains. Une victoire magnifique. Surtout parce que personne ne l’attendait.

Lors de la présentation du parcours, le directeur de l’épreuve, Richard Chassot, avait identifié cette deuxième étape comme l’une des opportunités à saisir pour les sprinteurs. Traditionnellement, il y en a peu sur la boucle romande. Cette année, entre un prologue, un contre-la-montre en côte (ce vendredi entre Ollon et Villars) et une étape de montagne (samedi autour de Sion), elle proposait encore un programme très varié. Lors de la première étape, mercredi, l’arrivée s’est bien jouée au sprint à Delémont, mais la victoire a été enlevée par l’Italien Omar Fraile, un grimpeur. L’Italien Sonny Colbrelli s’en mordait les doigts. A Yverdon, il a bien remporté le sprint du peloton mais cela ne lui vaut qu’une nouvelle deuxième place, qui ne le console sans doute qu’à moitié.

«De longues tartines d’ennui»

Pour la première fois cette année, les équipes cyclistes ne sont composées lors des grands tours que de sept coureurs, contre huit par le passé. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour les intéressés cela veut dire beaucoup: cette mesure a été adoptée par l’Union cycliste internationale pour limiter le «verrouillage» défensif des équipes puissantes. Leur incapacité à reprendre Thomas De Gendt jeudi indique peut-être qu’elle porte ses fruits. Les spécialistes du fameux «emballage final» auront – vraisemblablement – une dernière occasion de se distinguer dimanche lors de l'ultime étape (de Mont-sur-Rolle à Genève).

En attendant, certains salivent à l’idée que le cyclisme redevienne plus libre, comme l’assénait l’écrivain Paul Fournel dans Libération en 2016: «La stratégie ne doit jamais prendre le pas comme elle le fait aujourd’hui sur la course. Elle ne peut que fabriquer de longues tartines d’ennui qui se terminent par un sprint soi-disant massif, en fait limité à quatre ou cinq gros moteurs désignés de longue date parmi lesquels le spectateur lambda ne peut même pas désigner le vainqueur.» A Yverdon, personne n’a eu besoin de photo-finish pour se convaincre de la victoire de Thomas De Gendt.

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