Samedi dernier contre Bâle, Oruma a impressionné le public des Charmilles. On se réjouissait de revoir ses dribbles déroutants et son pouvoir d'accélération face à Yverdon. Lucien Favre en a décidé autrement. Londono, au profil plus défensif, lui a été préféré pour débuter la partie. A l'arrivée, Servette n'a rassuré personne en s'inclinant 2 à 1 face à la lanterne rouge.

Jeudi, jour d'entraînement au centre sportif des Evaux. Les Servettiens convergent vers les vestiaires, le portable vissé à l'oreille. Wilson Oruma, lui, devise joyeusement. Radieux, il se plaît à décrire sa nouvelle vie: «Le lac, les montagnes… Genève est une belle ville. Les gens sont accueillants.» L'homme ferait un employé modèle à l'office du tourisme. Il a sans doute d'autres perspectives.

Parcours accidenté

Oruma, qui vient de signer un contrat d'une durée de deux ans, rechigne pourtant à évoquer l'avenir. On le sent déterminé mais prudent. Cette circonspection, qui contraste avec sa jovialité, résulte d'un passé parfois douloureux. La première rupture date de 1993. Wilson a 17 ans. Il vient de disputer les championnats du monde des moins de 18 ans avec le Nigeria. Il a crevé l'écran et les recruteurs s'activent. Le RC Lens est le plus prompt et l'adolescent intègre le centre de formation nordiste. Il y côtoie Yohann Lachor, qu'il retrouve aujourd'hui sous le maillot grenat. Ce dernier témoigne: «Lorsqu'il est arrivé, Wilson était précédé d'une réputation de future star. On attendait un prodige. On n'a pas été déçu.» Très vite, le club et son entourage demandent beaucoup au jeune surdoué. La pression est énorme et, loin des siens, il peine à s'adapter. La deuxième déchirure est musculaire. Sa cuisse doit être opérée. Le système de formation français est encensé à juste titre, mais il s'avère impitoyable. Il déracine, transforme et façonne. Parfois, il broie.

Le Nigérian a tout sacrifié pour le football, alors il s'accroche. Son corps sculptural et noueux est celui d'un combattant peu enclin à renoncer. Tour à tour prêté à Nancy, en Turquie et à Nîmes, il s'aguerrit dans des contextes délicats. La victoire aux JO d'Atlanta en 96 et la participation à la Coupe du monde 98 représentent deux parenthèses inoubliables. Lorsqu'il évoque Okocha, l'exemple suprême, ou ses potes Ikpeba et Oliseh, le visage d'Oruma s'éclaire. Son regard s'évade et ses pensées vagabondent. Le besoin d'un entourage chaleureux est palpable. «Les miens me manquent. Au téléphone, ce n'est pas pareil. Mais la bonne ambiance au sein du groupe m'aide.» Avec ses huit frères et ses deux sœurs, Oruma pourrait monter une équipe au grand complet. Le Servette sera peut-être sa nouvelle famille…

Naufrage collectif

«Wilson possède de grandes qualités techniques, apprécie Lucien Favre. Il peut indéniablement beaucoup apporter sur le plan offensif. Mais je dois penser à l'équilibre de l'équipe.» L'entraîneur n'est pas encore pleinement convaincu par son nouveau joyau. C'est donc sans lui que les Genevois accomplissent un début de match sérieux face à Yverdon. Les occasions se succèdent. Delay est sauvé par son montant gauche sur une frappe de Vurens (25e) puis sur une tête de Londono (33e). Ce n'est que partie remise. Juste avant la pause, Vurens décoche un tir qui fait mouche.

Au lieu de maintenir la pression afin d'asseoir leur succès, les Genevois, présomptueux, permettent à Yverdon d'entrer dans le match. Ils ne parviennent pas à imprimer de rythme. Le milieu de terrain grenat chancelle. Lonfat et Londono ne déméritent pas, mais sont incapables d'accélérer. Diogo manque de percussion et Fournier, à cours de compétition, a tendance à ralentir le jeu. On se prend à penser à Oruma. Favre aussi, mais seulement après que l'Albanais Peço a égalisé. Autrement dit, trop tard. Malgré quelques remises bien exécutées, un joli débordement et un centre tendu, Oruma n'a pu échapper au naufrage collectif. Démobilisés, les Genevois boivent le calice jusqu'à la lie, puisque le Friedli signe le 2 à 1 en fin de match. La déconfiture est parfaite. Impuissant, Oruma quitte le terrain la tête basse. Lui qui avoue ne pas trouver l'appétit les soirs de défaites…

Si on lui faisait confiance, peut-être apporterait-il au jeu servettien la créativité qui lui fait actuellement défaut? Car, à 24 ans, l'avenir lui appartient.