En mars 1999, lors de la première Conférence mondiale sur le dopage qui engendra l'AMA, les ténors de la politique sportive européenne avaient eu beau jeu de fustiger leurs partenaires olympiques, à l'époque embourbés dans un scandale de corruption sans précédent. Les «Vous n'êtes plus crédibles» et autres «On ne peut pas vous faire confiance» furent encaissés comme autant d'uppercuts par le CIO. Objectif avoué: prendre le contrôle de l'Agence antidopage.

Aujourd'hui, le résultat de cette lutte de pouvoir s'affiche en lettres grasses: zéro pointé. Arguant que les décisions du Conseil de l'AMA ne se prennent plus à l'unanimité, mais à la majorité des deux tiers – un changement statutaire que ses représentants ont eux-mêmes voté –, l'Union européenne se met en quarantaine question combat contre le dopage, et laisse le soin à ses membres de se débrouiller via le système «D».

Nul doute que, dans un contexte moins épidermique, le CIO, principal bailleur de fonds de l'agence, taperait du poing sur la table et choisirait d'œuvrer comme bon lui semble. Le fait qu'il y renonce tient à une seule raison: l'harmonisation des législations nationales antidopage, condition primordiale pour éradiquer le fléau, passe forcément par des instances communautaires telles que l'UE. Et ça, les politiques ne le savent que trop.