Football

Zidane entraîneur, une trajectoire fulgurante et planifiée

Joueur mythique, l’ancien meneur de jeu des Bleus aura tout à prouver sur le banc du Real Madrid. Son nom et sa popularité ne le mettront pas à l’abri de la pression

Il faut se dépêcher de poser la question, avant qu’elle ne devienne complètement obsolète: Zinédine Zidane est-il l’un des plus grands footballeurs de tous les temps? Pour Michel Platini, son compatriote fait partie du top 4 (avec Maradona, Pelé et lui-même). Pour Pelé, c’était «le maître, un des cinq meilleurs de l’histoire». L’ancien tennisman allemand Boris Becker va plus loin: il place l’ancien meneur de jeu des Bleus au troisième rang des meilleurs sportifs toutes disciplines confondues (derrière Mohammed Ali et Michael Jordan). Dans une interview à So Foot, en 2013, le principal intéressé est lui-même invité à lister les cinq meilleurs joueurs du monde. Il énumère… neuf noms (dont celui de son idole Enzo Francescoli), pas moins – privilège du grand dribbleur que de mettre un petit pont à une question – mais pas le sien. «À la limite, je fais partie des vingt», tranche-t-il, modeste.

Il y a unanimité: Zinédine Zidane figure au panthéon des plus grands. Il y a le palmarès (une Coupe du monde, un Euro, une Ligue des champions, un Ballon d’or, etc.), il y a le footballeur (un meneur de jeu d’une élégance folle) et il y a l’homme (discret, simple, sans histoire): tout participe à sa légende, et à une aura qui n’a pas pris une ride depuis la finale du Mondial 2006 et ses adieux à la compétition. Près de dix ans après un coup de tête à Marco Materazzi en guise de dernier geste (déplacé) sur un terrain de football, rien n’est venu ni remplacer, ni contraster le souvenir du joueur qu’il était.

Une transition difficile

Mais cela ne saurait tarder: lundi soir a commencé une tout autre histoire. Rafael Benitez était licencié et Zinédine Zidane, 43 ans, intronisé à la tête du Real Madrid, pour sa première expérience d’entraîneur à la tête d’une équipe professionnelle. Or, les plus grands joueurs sont loin de toujours faire les meilleurs entraîneurs. Pour un Johan Cruijff qui a réussi une belle transition, combien de Diego Maradona aux tentatives manquées? «Le challenge est certainement difficile, mais il m’anime», a déclaré Zinédine Zidane, mardi, après avoir donné son premier entraînement. Pour compliquer sa tâche, les attentes sont immenses, à la mesure du prestige du club aux dix Ligues des champions, qui n’envisage pas de connaître une deuxième année consécutive sans titre majeur.

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Sa nomination était dans l’air depuis des semaines. En place depuis le mois de juin, Rafael Benitez n’a pas tardé à être contesté pour son style frileux, par un public connu pour exiger du spectacle. Le 21 novembre, ses Merengue étaient giflés par Barcelone à domicile (0-4). Ce n’était que la deuxième défaite de la saison, mais par son ampleur et parce qu’elle était concédée contre les Catalans, c’était déjà celle de trop. «Le Bernabeu réclame des têtes», titrait Marca le lendemain. Le nom de Zidane commençait à circuler. Après les Fêtes de fin d’année et un ultime match nul concédé contre Valence (2-2), le Français était propulsé sur le devant de la scène.

Besoin de décompresser

Il était écrit quelque part que ce jour arriverait, mais peut-être pas aussi vite. Le processus a débuté en 2001, quand le Real Madrid a déboursé 75 millions d’euros (une somme record à l’époque) pour débaucher le meneur de jeu de la Juventus. La suite: cinq saisons, 273 matches et 62 buts (dont une volée d’anthologie pour offrir aux Madrilènes leur neuvième Ligue des champions); le début d’une histoire d’amour avec les supporters, et d’amitié avec le président Florentino Pérez. Elle aurait pu se terminer là, en 2006, avec sa carrière de footballeur. «Quand j’ai arrêté, je ne voulais pas faire entraîneur. Pas du tout, même», glissera Zinédine Zidane en juin 2015 au micro de RTL. «Un peu après sa retraite, il me disait que le terrain ne lui manquait pas, confirme l’entraîneur du Lausanne-Sport Fabio Celestini, qui l’a côtoyé lorsqu’il jouait à Getafe, un club de la banlieue madrilène. Je pense qu’il avait besoin de décompresser quelque temps.»

Il a eu l’humilité et la patience d’apprendre le métier. Joueur et entraîneur, ce sont deux choses très différentes

Jeune retraité de 34 ans, Zinédine Zidane se cherche, participe à des événements caritatifs, fonctionne comme consultant. Et puis, en 2009, il remet un pied dans la machine merengue, comme conseiller du président. C’est l’engrenage: il occupera successivement les postes de directeur sportif et d’assistant de Carlo Ancelotti lorsque le Real remporte sa dixième Ligue des champions, de plus en plus proche du terrain. En 2014, il est nommé à la tête de la Castilla, la réserve du club, qu’il a dirigée jusqu’à ce week-end, avant d’accéder au banc de la première équipe. Une trajectoire fulgurante, mais l’ancien joueur a néanmoins fait les choses dans l’ordre. À mesure qu’il se sentait l’envie de devenir entraîneur, il a entrepris les démarches nécessaires: des cours auprès de la Fédération française de football et un diplôme de manager général au centre de droit et d’économie du sport à Limoges. «Il a eu l’humilité et la patience d’apprendre le métier, relève Fabio Celestini. Joueur et entraîneur, ce sont deux choses très différentes.»

«Beaucoup de courage»

Entraîner une équipe lambda et le Real Madrid aussi. La pression médiatique y est constante, le droit à l’erreur, très limité: Zinédine Zidane est le onzième entraîneur de l’ère Florentino Pérez, qui dure depuis un peu plus de douze ans. Et si son nom lui a permis de gravir les échelons rapidement, il ne le protégera pas maintenant qu’il est au sommet. «Ce sera encore plus difficile pour lui que pour un autre, estime Nicola Tracchia, hôtelier nyonnais et supporter, qui connaît bien le club pour avoir longtemps accueilli les stages de préparation de l’équipe en Suisse. C’est Zidane! Tout le monde l’attend comme le sauveur, mais au Real, il faut des résultats tout de suite. Il part de très haut, mais quand on tombe de très haut, on peut se faire mal. Il a beaucoup de courage d’accepter ce défi.»

Pour Fabio Celestini, le Français aura néanmoins des atouts dans son jeu, notamment au niveau de la gestion des fortes personnalités qui composent l’équipe. «Zinédine sait comment il voulait qu’on le traite quand il était une grande star, donc il saura traiter les joueurs qui le sont aujourd’hui.» Et c’est peut-être précisément là, dans sa capacité à faire vivre (et jouer) ensemble les Cristiano Ronaldo, Gareth Bale, Karim Benzema et autres, que se jouera la saison du Real. Et, donc, l’avenir de l’entraîneur Zidane. Avec une question ouverte: pourra-t-il aligner sa carrière sur celle du joueur qu’il a été?

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