A 65 ans, il commençait à prendre des marques de vieillesse. Surtout qu'il a servi. Manifestations sportives, shows culturels, assemblées générales d'entreprises, on ne peut pas lui reprocher son inutilité. Toujours très brave, il devenait quelque 200 fois par année le temple du muscle, des affaires ou de l'émotion. Il a même été élevé au rang de monument historique et, désormais, on en parle comme d'un lieu «mythique».

Célébré en grande pompe ce week-end, le complexe du Hallenstadion de Zurich, antre des hockeyeurs du Zurich Lions, a fait peau neuve en quatorze mois. Pour un prix inférieur de 3 millions aux 147 millions prévus et assumés par la société gérante (Hallenstadion AG), la Ville, le canton et la Confédération. Sis à Oerlikon, le bâtiment garni de briques a une forme particulière mais qui lui donne beaucoup de style. Ce scarabée géant fait même de l'ombre à la Messe, la halle d'exposition construite à ses côtés. Le lifting, attentif à l'héritage architectural, a permis d'ajouter une aile annexe, en béton gris, avec un restaurant, des salles de conférence pour une surface totale de 14 000 m2.

A l'intérieur, l'ambiance est très feutrée, les sièges, répartis tout autour de l'arène ovale, paraissent recouverts de velours bleu. On imagine plus facilement une soirée à la David Copperfield qu'un match haut en sueur des Lions. Sommet du luxe: vingt loges VIP prévues chacune pour une douzaine de personnes avec petit salon à fauteuils et accès au balcon. La location – quinze ont déjà trouvé preneur – coûte 250 000 francs par année et se fait sur cinq ans.

Pour les fans plus modestes, les habits enfumés à la fin du match – et qui parfois rendaient la défaite encore plus amère – devraient devenir des souvenirs grâce au système de ventilation plus adéquat. Un autre sujet de grogne fait du bruit, cette fois-ci du côté des joueurs de hockey. Les vestiaires auraient des dimensions trop restreintes. Dur d'estimer lorsque l'on a plutôt l'habitude de garnir des rangées des spectateurs.

Une histoire chargée de paillettes

Construit en 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Hallenstadion avait d'abord pour mission d'accueillir les compétitions cyclistes. A force d'être surpris par la pluie sur le vélodrome non couvert, Emil Keller, un passionné de sport – et architecte de profession – s'attela à la construction de la plus grande halle de sport d'Europe. Aucune poutre pour supporter son toit de 10 000 mètres carrés, fait d'une pièce, et donc pour gêner des spectateurs malchanceux.

Dans les années 50, le destin des Lions de Zurich se lie à celui du complexe. Mais l'histoire de ce temple doit aussi beaucoup aux paillettes, à leurs anecdotes. En 1954, les Folies Bergères se déplacent, réveillant l'ire de certaines autorités et représentantes féminines outrées par ce spectacle; en 1967, ce sont les Rolling Stones qui enflamment les lieux avant que, trois ans plus tard, Muhammed Ali vienne faire cogner ses gants de boxe.

La rénovation a été reportée a plusieurs reprises pour des raisons financières doublées de soucis de voisinage. La Messe était peu réjouie à l'idée de voir la nouvelle entrée gâcher la vue de sa paroi de glace. Aujourd'hui, on en parle bien souvent avec affection; on le bichonne quand il doit accueillir, comme c'est le cas la semaine prochaine, le Dalaï Lama, suivi le 19 août du DJ Bobo. Grâce à de nouvelles tribunes, mobiles, ce sont désormais 13 000 personnes (contre 12 000) qui peuvent trouver place.

Le Hallenstadion, à Zurich, tout le monde l'a un peu dans son cœur, commente un journaliste de Winterthour. «Les plus nostalgiques regretteront peut-être la disparition du vélodrome, sacrifié par ce lifting.» Principal actionnaire, la Ville crie victoire. «Avant 2003, on y voyait Waterloo, dorénavant nous sommes «fit» pour le futur», déclare Martin Vollenwyder. Le municipal s'empresse de rappeler que les Zurichois ont toujours dit oui aux dépenses pour les hauts lieux du sport. «La rénovation du Hallenstadion est un succès. J'espère que les autres, soit celles du Hardturm et du Letzigrund suivront la même voie.» Il n'est certainement pas le seul.