Le deuxième match de la finale des play-off de ligue nationale A (LNA) de hockey sur glace a mal tourné, mardi soir au Hallenstadion de Zurich. Pendant la rencontre, des heurts violents ont opposé supporters luganais et zurichois. Après le coup de sirène final et la victoire des Lions (3-0), plusieurs dizaines de hooligans ont assailli le car des joueurs tessinois à jets de pierres depuis l'autre côté du grillage qui protège normalement les équipes visiteuses. Puis des bagarres ont opposé fans zurichois et luganais aux abords de la patinoire, et jusqu'à la gare d'Oerlikon toute proche. La police est intervenue à coup de gaz lacrymogènes, de canons à eau, et même de balles en caoutchouc, selon l'un de ses porte-parole. Elle a arrêté 30 personnes qui ont d'ores et déjà été interdites d'entrée pour les prochains matches de la série.

«Imaginez ce qui se serait produit si Lugano l'avait emporté», s'exclame un responsable du club tessinois, encore sous le coup de l'émotion après avoir été témoin de scènes qu'il qualifie de «guérilla». «Ce sont des événements qu'on ne voit qu'en Italie», ajoute-il, avant de redouter une «vendetta» de la part de tifosi luganais, ce jeudi à l'occasion du troisième match de la série. «Chez nous non plus, nous n'avons pas que des cerveaux parmi nos supporters», ajoute l'un de ses collègues.

La police zurichoise comptait-elle assez d'éléments mardi soir? A-t-elle réagi assez vite? De nombreuses personnes sont en tout cas restées bloquées à l'intérieur du Hallenstadion. Le temps que les forces de l'ordre – 140 personnes y compris les vigiles privés assurant la sécurité à l'intérieur de la patinoire (un chiffre à mettre en rapport avec les 11 500 spectateurs présents ce soir-là) – reprennent le contrôle de la situation un peu avant minuit. «Cent quarante personnes pour assurer la sécurité, c'est plus que d'habitude», précise le porte-parole de la police de la ville, ajoutant qu'il est généralement difficile d'éviter un débordement, quelle que soit son importance.

Pourtant, comme l'an dernier, cette série de matches entre Lugano et Zurich avait à nouveau été placée sous haute surveillance. Une réunion s'était même déroulée samedi avant la première rencontre, rassemblant les responsables de la sécurité des deux clubs, les représentants des polices communale et cantonale, zurichoise et luganaise, ainsi que ceux de la Ligue nationale de hockey sur glace. Et un dispositif renforcé avait été mis sur pied autour de la Resega pour filtrer, accompagner puis escorter à leur sortie les supporters zurichois. Bilan: aucuns troubles particuliers.

Responsable de la sécurité du HC Lugano, l'avocat Stefano Guggiati redoute qu'il n'en soit pas de même ce jeudi soir. «J'ai déjà eu vent que certains de nos supporters entendent se venger, comme l'an passé quand l'un de leurs bus avait été bloqué par la police zurichoise», craint-il. Une inquiétude cependant tempérée par un autre responsable luganais qui rappelle que les hooligans zurichois se déplacent peu en dehors de leurs antres: le Hallenstadion les soirs de hockey, le Hardturm les jours de foot.

Il n'empêche. Au sein de la Ligue suisse de hockey sur glace, même si l'on minimise les troubles de mardi, certaines voix s'inquiètent de la progression, surtout outre-Sarine, du hooliganisme dans et autour des patinoires. «Surtout autour, précise l'une d'elles, car les clubs sont désormais responsables de ce qui se passe dans leur enceinte, et leur service d'ordre n'est pas tendre avec les fauteurs de troubles». Au Hallenstadion de Zurich, il n'y a qu'à déambuler dans les travées pour comprendre à quel genre d'individus on a affaire: crânes rasés, blousons bombers et chaussures dockside, parfois un écusson «White Power» cousu sur la manche: certains jeunes «supporters» arborent le look du parfait «nazillon» en goguette. Les risques de heurts plus ou moins violents avec les fans adverses sont par ailleurs accrus par la vétusté de l'enceinte, récemment classée monument historique par la ville de Zurich. Même entrée et sortie pour les supporters des deux équipes, aucune séparation physique à l'intérieur de la patinoire. «Pour un club comme le CPZ Lions (n.d.l.r.: champion de Suisse en titre), cette situation n'est pas sérieuse», juge un responsable luganais, visiblement ravi de la tuile qui vient de tomber sur la tête de ses adversaires.

Pour éviter de nouveaux incidents, samedi, lors du quatrième match d'une série à haute tension qui pourrait en compter sept (1-1 actuellement), la police zurichoise promet des effectifs renforcés. Pour ce qui est du Hallenstadion, il faudra attendre 2003 et la fin prévue des travaux de rénovation: la suppression de la piste de cyclisme, l'abaissement de la glace de deux mètres afin de pouvoir moderniser les conditions d'accueil.