Et si c'était possible? L'horizon du destin footballistique de Zurich semble s'éclaircir. On se surprend même à croire de plus en plus sérieusement à l'organisation de matchs dans le cadre de l'Euro 2008. Si l'hypothèse Hardturm a perdu bien des chances de concrétisation, c'est désormais le voisin du Letzigrund, promis à une remise à neuf, qui pourrait endosser la cape du sauveur. Depuis quelques semaines déjà, la ville, par l'intermédiaire de sa responsable des Travaux publics, Kathrin Martelli, se penche sur cette alternative pour tenter de récupérer un épisode de la fête sportive de l'été 2008.

Rien à voir, s'empresse-t-on de préciser, avec une éventuelle pression de la part de la FIFA, dont le siège est à Zurich, et de son président, Sepp Blatter. Simplement, la ville tient à être de la partie. Une première proposition autour du Letzigrund, surtout connu pour son meeting d'athlétisme et ses concerts rock, misait sur un stade disponible en mars 2008. «Trop tard», s'était alors exclamé l'Association suisse de football (ASF), fixant la fin septembre 2007 comme dernier délai. Or, coup de théâtre la semaine dernière: Zurich a présenté sa solution pour terminer le tout selon les délais impartis. «Il ne s'agit pas d'un miracle mais uniquement du succès de têtes créatives», explique Urs Spinner, porte-parole de la ville. En commençant plus tôt, soit décembre 2005, et en construisant le nouveau avant d'éliminer l'ancien.

Réunis par les responsables des Travaux publics lundi soir, les riverains du stade se montrent pour l'heure favorables à l'aventure. Même l'ASF manifeste sa satisfaction et se remet à y croire. Pourtant, à Zurich, on ne veut pas s'emballer trop vite. La nouvelle construction du Letzigrund s'accompagnera d'une facture de 110 millions de francs, auxquels s'ajouterait, en cas d'Eurofoot, une ardoise de 5,7 millions. Plus les 5,6 millions d'euros exigés de la ville en tant que coorganisatrice du rendez-vous sportif.

Une première étape d'importance est prévue ce soir: le Conseil municipal se prononcera sur la hausse des crédits de planification et un premier fonds de 700 000 francs pour l'Eurofoot. A l'exception de l'UDC, réticente à de nouvelles dépenses, l'impression générale penche pour un «oui». Le projet initial prévoyait, d'ici à 2009, un nouveau stade d'athlétisme ouvert à quelques autres événements spéciaux. Même face à ce défi d'un autre ordre, on reste serein et confiant. Peu de constructions supplémentaires sont nécessaires. Les principales modifications concernent le nombre de places: pour correspondre aux règles de l'UEFA, 5000 sièges devraient s'ajouter aux 25 000 actuels.

«La ville s'est engagée à respecter les délais exigés et cette proposition nous réjouit», commente Christian Mutschler, directeur de l'Euro 2008 pour la Suisse. Pour les organisateurs de l'événement, le projet Letzigrund, «très détaillé», peut correspondre aux normes en matière de trafic et de sécurité. Se faire «eurocompatible».

Une incertitude de taille demeure, déjà source de bien des soucis: la volonté du peuple. Les citoyens de la métropole manifesteront leur bon vouloir en juin 2005, en sachant que la ville, et donc les contribuables, pourrait écoper des frais supplémentaires inhérents à l'Eurofoot. Au-delà de cette question financière, la principale angoisse réside du côté d'un éventuel recours déposé après la votation. Selon Christian Mutschler, «les résistances de riverains rencontrées avec le Hardturm ne se retrouvent pas ici. Les gens se réjouissent de l'événement et y voient une plus-value pour le quartier.» Mais si certains en profitaient pour manifester leur désaccord face aux turbulences sonores du stade… adieu l'Eurofoot.

Du côté de l'Association transports et environnement, longtemps en guerre contre le projet du Hardturm, les commentaires sont retenus. En contact avec la ville, elle s'est penchée sur la question et se prononcera au terme du délai d'objection d'un mois, soit fin novembre. Mais la première impression paraît favorable. Toujours est-il qu'on se remet à croire à quatre stades suisses pour les trois semaines de compétition. «L'ASF a fait d'énormes efforts et cela mérite une récompense, juge William Gaillard, porte-parole de l'UEFA. Et je pense que les Zurichois ont tout autant envie d'un Euro que les Portugais.»

L'incertitude planera donc jusqu'en juillet 2005, trois ans avant les festivités. Si la ville de Zurich se démène tant bien que mal pour figurer sur la liste des participantes, le tout ne se fera pas sans sacrifices. Il faudra renoncer au traditionnel meeting d'athlétisme d'août 2007, principal rendez-vous sportif du Letzigrund. Urs Spinner affirme: «Un lieu de remplacement devrait être trouvé en Suisse, voire à l'étranger, mais on ne perdra pas l'événement.» Une chose est certaine: le chemin de l'Eurofoot, même s'il semble se dégager, promet encore bien des sueurs. Car au-delà des stades, un autre problème appelle encore des interrogations, celui de la sécurité. Et les hordes de casseurs actives le week-end dernier à l'issue du match entre Zurich et Bâle ne sont pas là pour rassurer.