Neuf mots à la 17e ligne d'une allocution! A lire la presse, médias et classe politique sembleraient n'avoir rien retenu de plus des propos de la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères. De ce fait, il est heureux qu'elle ait pu s'exprimer dans vos colonnes (LT du 25 août). Ses propos constituent un tour d'horizon d'une dimension essentielle de la politique extérieure de la Suisse, le dialogue. Elle a fait de ce dialogue une pièce maîtresse de la stratégie extérieure de la Confédération dans la continuité de laquelle cependant elle s'inscrit. Elle est l'héritière de ceux qui à la fin du XVIe siècle introduisirent dans la pratique suisse le «stille sitzen», puis aux XIXe et XXe siècles, de Numa Droz, Félix Calonder, Giuseppe Motta, Max Huber, Max Petitpierre ou Olivier Long, longue lignée de quelques-uns qui s'efforcèrent de trouver, dans l'intérêt du pays, cette voie étroite entre le respect du conseil de Nicolas de Flüe et un engagement responsable au-delà des frontières.

La formule rhétorique de Micheline Calmy-Rey a choqué. Et si dialoguer avec Oussama ben Laden avait permis d'éviter le 11 septembre? Si dialoguer demain permettait d'empêcher que cette tragédie se renouvelle? Une des fonctions premières du dialogue est de permettre que de simples êtres humains, des

communautés et des peuples ne deviennent des victimes et qu'ils ne soient broyés par l'Histoire. Il est quantité de circonstances où la seule écoute, le seul pouvoir des mots permettent à un seul être humain, ou à des centaines de milliers, de ne pas être tués, et de retrouver espoir.

Certes, un dialogue ne s'improvise pas. Il est jalonné d'embûches et de pièges. Il requiert de l'humilité, une extrême discrétion et du courage. Il exige du métier et de la patience. Ses résultats en sont incertains. Mais pour la Suisse, c'est un des instruments stratégiques de sa politique extérieure.