L’éruption du Stromboli, mercredi, a surpris par sa soudaineté et sa puissance. La retombée des produits volcaniques a provoqué la mort d’un promeneur et des incendies. L’île a retrouvé le calme le soir même, mais la peur a ce jour-là pris la place de l’émerveillement normalement provoqué chez les visiteurs par l’activité impressionnante du volcan méditerranéen. Marco Neri travaille au sein de l’Institut national de géophysique et de volcanologie. Basé à Catane en Sicile, il étudie le Stromboli depuis 1990.

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Le Temps: Le Stromboli est parmi les volcans les plus surveillés du monde. Et pourtant, il est impossible de prévoir un épisode comme celui d’hier?

Marco Neri: Ce genre de phénomène est si rapide que les indicateurs n’apparaissent que quelques minutes avant l’explosion. Donc, même si je sais qu’il y aura une énorme explosion d’ici à deux minutes, mais que je me trouve sur le flanc ou au sommet du volcan, je n’aurai aucune possibilité de me sauver. Nous avons seulement pu observer que le cratère s’est rempli de magma deux minutes avant l’explosion, avant que la lave n’en sorte. Et cela n’annonce même pas toujours une éruption. Le phénomène qui s’est produit mercredi est assez exceptionnel. Entre quatre et cinq explosions similaires se produisent tous les siècles. La remontée de magma est extrêmement rapide, très riche en gaz, et elle explose quand elle atteint la surface. La lave se trouve quelques kilomètres sous la surface et remonte le long d’une conduite déjà ouverte. Il faut donc imaginer un coup de canon. La violence avec laquelle il part est très impressionnante. C’est aussi violent que bref. Rien ne nous permet de l’anticiper, pas même des tremblements de terre avant l’explosion.

Un reportage durant l'été 2016: Au-dessus des volcans

Que nous enseigne cette éruption?

Ce genre de phénomène a déjà eu lieu en 1919, 1930, 2003 et 2007. Il apparaît à un rythme irrégulier, mais toujours très soudain. Depuis 2002 et le début d’un cycle d’éruptions plus violentes, nous avons étudié le Stromboli avec plus d’attention, en augmentant notamment les instruments de surveillance. Et nous avons commencé à en comprendre le fonctionnement. L’épisode de mercredi nous fournira davantage de données pour approfondir nos études, dans l’espoir d’identifier un indicateur différent, un signal géophysique ou chimique nous permettant une interprétation plus précoce. Mais avec la technologie dont nous disposons aujourd’hui, il est encore impossible de prédire ce genre de phénomène.

Ce que nous savons, c’est que le Stromboli connaît trois types d’explosions. Celles de basse intensité, toutes les cinq à dix minutes, que l’on appelle «touristiques» parce que impressionnantes à voir du bord de la fosse, surtout la nuit. Celles de moyenne intensité, plus violentes mais dont le mécanisme est identique. Et enfin les plus violentes, comme celles de mercredi. Sous une colonne de fumée de plusieurs kilomètres de haut, ces éruptions se caractérisent par leur rapidité et produisent des courants pyroclastiques. Leur retombée sur l’île provoque notamment des incendies. Leur vitesse les rend fatales pour qui se trouverait, comme mercredi, sur leur trajectoire. Il est impossible de se sauver.

Le Stromboli et les îles Eoliennes restent néanmoins très touristiques. Que préconisez-vous?

Ce volcan est très visité justement à cause de son activité éruptive. Beaucoup de personnes viennent à la recherche de ce danger. La fréquence relativement faible de ces phénomènes ne dissuade pas ces visiteurs. Il faut cependant être conscient qu’on se rend sur un volcan actif, et bien le comprendre: ce n’est pas une promenade innocente. Il faut bien faire passer ce message, pour que les touristes en soient conscients et qu’ils s’en approchent avec beaucoup de précautions, sachant qu’une explosion comme celle de mercredi est imprévisible.

Cela dit, il est selon moi beaucoup plus dangereux de traverser la route dans un centre urbain très fréquenté que de grimper au sommet du Stromboli, car il reste l’un des volcans les plus surveillés et les mieux contrôlés du monde.