La Suisse à bâtons rompus

Frédéric Pajak est responsable du prochain Samedi culturel et voudrait te poser ces trois questions.

1. Votre sensation ou une anecdote qui vous a fait prendre conscience non pas que vous êtes suisse (ou pas), mais en Suisse.

Cela s’est produit il y a quelques jours. Sous les yeux ébahis de mon amie, qui est canadienne. Le froid sibérien a eu raison de la batterie de ma voiture : impossible de démarrer. Que fait le conducteur suisse averti dans pareille situation ? Il compose le 140 sur son téléphone et appelle le TCS (Touring club suisse). A la centrale d’appel, un Suisse-Allemand parlant un français parfait (et sans doute deux ou trois autres langues) m’indique courtoisement que la patrouille sera sur place dans 1h15, me priant au passage de pardonner si long temps d’attente.

Je remonte chez moi. 1h10 plus tard, le patrouilleur me téléphone pour m’annoncer son arrivée dans les cinq prochaines minutes. Je redescends aussitôt, et la patrouille est là. Le prompt sauveteur sort comme par magie une batterie neuve du coffre de sa voiture, remplace la batterie morte. L’affaire de quelques minutes. Son intervention est gratuite, je suis membre. Je ne dois payer que la pièce. On peut régler par carte maestro évidemment. Le type s’en va déjà, sa mission accomplie. Il s’est écoulé moins de dix minutes depuis son arrivée. Ma voiture démarre et je reprends le cours de ma journée. Et la canadienne incrédule : « un truc comme ça, ça ne peut arriver qu’en Suisse ».

2. Une idée, un sentiment, un souvenir personnel qui caractérise la Suisse des années 1970.

Je me souviens bien de l’année 1970. C’était juste après que Claude Nicollier soit allé sur la lune. Ça a été le début d’une période faste pour la suite : cette décennie verra, entre autres, la création de Alpamare par les Zurichois pour lutter contre l’hégémonie de Loèche-les-Bains, le terrassement de la fosse aux ours à Berne, et surtout, en 1973, la construction du jet d’eau de Genève, dont le but sera de permettre aux Genevois de savoir si le salon de l’auto a débuté ou pas encore. Après ça, plus rien n’a été pareil.

3. Quarante ans plus tard, après une longue période de paix, qu’est-ce que la Suisse? Une idée, un sentiment, un souvenir personnel, etc.

Pour être un peu plus sérieux, il est intéressant de voir l’évolution de la Suisse ces quarante dernières années, notamment en parallèle de l’Union Européenne. Au regard de la crise actuelle, certains se félicite de n’avoir par rejoint l’UE, d’autres sont certains qu’en rejoignant l’UE on aurait pu protéger notre industrie bancaire de l’ire de Bruxelles, et ceux entre deux opinons assurent qu’on ne peut en tous les cas pas se risquer à rejoindre la zone euro. C’est intéressant parce que toutes opinons convergent, selon moi, vers une image commune de la Suisse : celle d’une île. Avec ses avantages et ses inconvénients. Mais une île, un peu à l’abri et un peu en décalage. La vie y est plus calme, plus pragmatique aussi. Il y a un côté, dans le mode de vie des Suisses, qui au fond est très en phase avec la réalité. Ça me plaît bien.