Quel candidat pour succéder à George Bush? Quelle image des Etats-Unis après huit ans de règne républicain? Quels espoirs placés dans le prochain président? Les Suisses sont plus mondialistes qu'ils ne le pensent

Quand les Etats-Unis élisent leur président, nous sommes tous, un peu, Américains. Nous nous enflammons pour la course à la Maison-Blanche. Nous prenons parti pour un candidat. Nous vibrons, à distance, pour la campagne, ses rebondissements et son suspense. Nous développons aussi de grandes attentes vis-à-vis de l'Amérique, bien conscients que les Etats-Unis, même affaiblis, restent la superpuissance qui fixe certains agendas, accélère ou freine des réformes aux conséquences planétaires.

C'est dans cet esprit que huit journaux nationaux dans autant de pays répartis sur quatre continents ont décidé de prendre le pouls de leur opinion publique sur les enjeux de la présidentielle américaine, à quelques encablures de son issue. Ensemble, ils publient aujourd'hui les résultats de cette prise de température mondiale.

C'était attendu, le principal résultat est un plébiscite de Barack Obama. Si les Suisses, les Français, les Anglais, les Polonais, les Belges, les Canadiens, les Mexicains et les Japonais pouvaient voter, ils donneraient des majorités écrasantes au candidat démocrate. Les Suisses sont les plus fervents supporters du leader noir de Chicago. Ils lui donnent 83% de leurs voix, contre seulement 7% à son rival John McCain.

Cette vague d'«obamania» reflète bien sûr l'aspiration générale, planétaire, à un coup de balai politique à Washington. Elle reflète, en creux, le rejet écrasant de l'administration Bush aux commandes depuis huit ans.

On peut faire l'hypothèse que les scores misérables ou médiocres de McCain (5% des avis exprimés en France, 7% en Suisse, seulement 15% en Grande-Bretagne, 26% en Pologne, le pays le plus généreux avec le candidat républicain) traduisent d'abord un rejet instinctif, viscéral du parti de Bush. D'ailleurs, dans cinq pays sur six, les personnes sondées concèdent en nettement plus grand nombre (de 37 à 57% des avis exprimés) que John McCain pourrait faire un bon président s'il était élu.

Il y a quatre ans, à même époque, George Bush faisait déjà l'unanimité contre lui, en Suisse, en Europe, et dans la plupart des pays du monde. Un sondage réalisé par Le Temps en Suisse avait crédité le président américain de seulement 6,5% d'avis favorables, contre 76% à son rival d'alors, John Kerry. Le Temps éditorialisait déjà: «Jamais sans doute président américain n'a été autant détesté par l'opinion mondiale; et rarement la défaite d'un candidat n'aura été souhaitée par un aussi large front de nations.»

En 2004, les personnes sondées par Le Temps semblaient voter contre George Bush plutôt que pour John Kerry. Mais, cette fois, l'adhésion au candidat démocrate est forte, elle atteint une dimension émotionnelle. Comment expliquer, sinon, que 89% des Suisses interrogés se déclarent convaincus que Barack Obama sera un bon ou un très bon président? Un tel niveau de reconnaissance ou de confiance fleure presque le romantisme.

Pourquoi cette fascination, loin à la ronde? L'opinion mondiale juge Barack Obama sur son charisme transmis par les images vues à la télévision, sur l'Internet ou dans la presse écrite. Le candidat est toujours à son avantage: jeune, beau, souriant, décontracté et rassurant. Le fait qu'il est Noir ajoute à la fascination: il y a un défi dans l'air, un espoir que les Etats-Unis auront l'audace de franchir une formidable étape. Vu de l'extérieur des frontières américaines, c'est aussi ce qui rendrait l'élection d'Obama excitante, donc souhaitable.

Un autre enseignement du sondage est de voir la Suisse ne pas réagir très différemment du reste du monde, elle qui est si prompte à cultiver son particularisme en raison d'un système politique à nul autre pareil - la démocratie directe, la concordance... La Suisse qui se révèle beaucoup plus mondialiste qu'elle ne le pense. Elle voterait Obama comme tout le monde; elle rejette les Etats-Unis de George Bush comme les pays qui lui sont culturellement proches (France, Belgique) mais aussi comme des pays réputés pour leur solide amitié pour les Etats-Unis (Grande-Bretagne, Pologne) et encore comme des pays qui sont très éloignés d'elle (Mexique, Japon).

De même la Suisse estime, comme dans les autres pays considérés, que la présence américaine en Irak n'est pas souhaitable pour rétablir, durablement, la paix dans la région. Elle se méfie de l'usage de la puissance américaine pour imposer un nouvel ordre régional. Mais elle pressent aussi, même si c'est encore confus, que certaines circonstances - le bras de fer avec l'Iran en l'occurrence - peuvent justifier, in fine, de recourir à la force.

Enfin, elle adopte l'attitude facile, largement répandue, qui consiste à exiger davantage d'efforts des Américains pour protéger le climat.