Attention, sujet explosif. Pays hôte de Durban II même si les invitations ont été lancées par l’ONU, la Suisse a attendu la toute dernière mouture du projet de déclaration finale pour décider d’y participer. C’est donc samedi seulement, après de longues négociations qui se sont terminées la veille, que la Suisse a officiellement déclaré qu’elle serait de la partie.

Pourquoi tant de prudence? Le Conseil fédéral avait fixé deux lignes rouges à ne pas franchir: la conférence ne doit pas remettre en cause les acquis contenus dans la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Et le document final, qui doit être adopté le 24 avril, doit traiter les différents thèmes relatifs au racisme «de manière équilibrée, sans être une plateforme visant une situation particulière». En clair: pas question d’accepter un texte qui stigmatise Israël. Le concept controversé de la diffamation des religions, que voulaient imposer des pays islamiques, devait aussi être écarté. C’est chose faite.

Pressions de l’UDC

Qui représentera la Suisse? Ce point-là, par contre, ne doit être tranché que ce matin. Sur le plateau de TV5 Monde, Micheline Calmy-Rey a déclaré dimanche soir qu’elle ne déciderait que lundi si elle-même, le secrétaire d’Etat ou un ambassadeur représentera la Suisse. Elle a admis être «très en souci» quant aux risques de dérapages. «Je ne voudrais pas participer à un dérapage généralisé sur un thème aussi important», a-t-elle ajouté. La présence du président iranien Mahmoud Ahmadinejad est au centre de toutes les crispations.

Et la présidence? Dans une interview au Temps (LT du 2/04/09), Navanethem Pillay, la haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, estimait qu’il «serait salutaire que la Suisse prenne l’initiative d’assurer le succès de la conférence en proposant d’assumer sa présidence». Mais la réponse du Département fédéral des affaires étrangères a rapidement été négative.

Berne n’entendait logiquement pas s’engager à assumer une présidence d’une conférence qu’elle aurait pu boycotter. «La Suisse a estimé prioritaire de contribuer activement aux négociations en veillant aux lignes directrices définies par le Conseil fédéral. La présidence de la conférence suppose une attitude au-dessus des parties difficilement compatible avec la défense de positions nationales de fond», commente Nadine Olivieri, porte-parole du DFAE.

Jeudi, alors qu’aucun compromis n’avait encore été trouvé, l’UDC a invité la cheffe du DFAE à «renoncer à participer à cette conférence dirigée par des régimes autoritaires». «Les abus politiques sont programmés d’avance», dénonce le parti. Consciente des risques d’instrumentalisation, Micheline Calmy-Rey avait prudemment souligné le 16 mars devant le Conseil national: «Nous souhaitons que cette conférence soit un succès, comme pays hôte, mais aussi parce que le racisme est une question sérieuse qui ne doit pas faire l’objet de spéculations politiques.»

Pour le Conseil fédéral, la conférence doit clairement se limiter à un examen des engagements pris en septembre 2001 à Durban.