Alors que les Etats européens dévoilent les uns après les autres des plans d'assainissement du système bancaire, d'accès facilité aux crédits interbancaires et de garantie de l'épargne, le Conseil fédéral n'a rien annoncé. «Parfois il vaut mieux se taire», constatait jeudi la conseillère fédérale Doris Leuthard.Le Département des finances s'est borné lundi à «saluer le paquet de mesures annoncé par les dirigeants de la zone euro». Le gouvernement, en contact étroit avec la Commission fédérale des banques, la Banque nationale (BNS) et l'industrie financière, étudie son propre projet, mais se refuse à en dévoiler les contours dans l'urgence. «Les banques suisses n'ont aucun problème en ce moment. Elles n'ont pas besoin de l'argent de l'Etat et n'en veulent d'ailleurs pas», insiste Jean-Marc Felix, porte-parole de l'Association suisse des banquiers (ASB).Le système bancaire suisse et l'économie du pays profitent tout de même de l'effet d'annonce des mesures européennes, sans pour autant y participer directement. La bourse helvétique a rebondi de plus de 11% lundi. Les banques suisses disposant de succursales dans les pays européens pourront aussi recourir aux emprunts gouvernementaux destinés à fluidifier les crédits interbancaires. En Allemagne, 400 milliards d'euros seront garantis à cet effet jusqu'à fin 2009. Le taux d'emprunt interbancaire à court terme (le «repo quotidien») en francs suisses s'est également détendu, suite à l'annonce des plans européens. Cet effet, favorable au système bancaire suisse, se traduit par une baisse du taux, qui a repassé sous la barre des 4% alors qu'il a dépassé 4,5% la semaine dernière.La Suisse profiteuse?La Suisse, qui se place hors du cercle des pays annonciateurs de plans d'urgence, donne-t-elle l'image d'une profiteuse? L'ASB dénonce cette interprétation des faits. Elle rappelle qu'UBS a pris ses responsabilités en recapitalisant à temps l'établissement. De plus, la BNS a parfaitement joué le jeu en alimentant massivement les marchés en liquidités, notamment libellées en dollars. Depuis le 18 septembre, elle a fourni 174,4 milliards de dollars prêtés par la Réserve fédérale américaine.La baisse des taux décidée par la BNS n'a pas eu, la semaine dernière, l'effet escompté. Le «Libor à trois mois» se situait vendredi à 3,12%, soit au-dessus de la marge de fluctuation, fixée entre 2 et 3%.Le Conseil fédéral devrait annoncer ces prochaines semaines un projet destiné à mieux garantir l'épargne et mieux protéger les fonds de retraite du 3e pilier (Le Temps du 11 octobre).