Il y a fort à parier que les représentants d'Alliance Sud auront le sourire aux lèvres en déposant, lundi à Berne, leur pétition munie de 197000 signatures. Cette pétition exige que la Suisse consacre enfin 0,7% de son PNB à l'aide au développement d'ici à 2015, pour atteindre les Objectifs du Millénaire de l'ONU. Et la Commission de politique extérieure du National (CPE-N) vient justement de voter en faveur d'une telle hausse.

Bonne surprise? Ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué, répondent immédiatement ses détracteurs. La CPE-N a effectivement voté en faveur de plusieurs propositions visant à porter la part de l'aide publique au développement à 0,5% du PNB dès 2010, à 0,6% dès 2012 ainsi qu'à 0,7% jusqu'en 2015, mais d'extrême justesse. Et parfois à une toute petite voix près, avec celle, prépondérante, de son président Geri Müller (Verts/AG).

Vu ses ambitions, la majorité de la commission propose logiquement au plénum d'approuver, lors de la session parlementaire qui débute lundi, les crédits demandés par le Conseil fédéral pour la période 2009-2012, soit 4,5 milliards de francs pour la Direction du développement et de la coopération (300 millions de plus par rapport au précédent crédit-cadre) et 800 millions pour le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Mais, en période d'austérité budgétaire, le National pourrait ne pas se montrer aussi généreux que sa commission. D'autant plus que cette dernière demande un financement additionnel pour parvenir aux 0,7% prônés par l'ONU. Aujourd'hui, la Suisse consacre 0,37% de son PNB à l'aide au développement et la proposition du Conseil fédéral ne permettrait guère d'aller au-delà de 0,4%.

Des «exigences extrêmes»

Les positions de la gauche et de l'UDC sont coulées dans le bronze. Ce sera donc au PRD et au PDC de faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. Or le PRD vient, dans un communiqué, de condamner avec fermeté le choix de la commission. Il estime que la DDC devrait d'abord poursuivre ses réformes en termes de priorités, buts et stratégies, avant d'obtenir de nouveaux moyens financiers. Il précise que le succès de l'aide au développement ne se mesure pas à l'aune de ses ressources financières, mais de son efficacité.

Martine Brunschwig Graf (PLS/GE) se dit convaincue que l'aide au développement doit être renforcée. Elle est pour une augmentation progressive de l'engagement de la Suisse dans ce domaine, «pour autant qu'il y ait une vraie stratégie et des projets cohérents». «Mais passer à 0,7% d'ici à 2015 signifie que le crédit-cadre de la DDC devrait passer à près de 9 milliards de francs en six ans. Cela n'est pas raisonnable», commente-t-elle. «Je regrette infiniment la décision de la majorité de la commission, car ses exigences extrêmes provoquent le rejet plutôt que la négociation et la réflexion», ajoute la Genevoise.

Egalement membre de la CPE, Luc Barthassat (PDC/GE) n'est résolument pas de cet avis. «Trouver de nouveaux moyens ne sera bien sûr pas facile. Mais d'autres pays appliquent les 0,7% demandés par l'ONU, pourquoi pas la Suisse, qui est un pays riche?» Geri Müller (Verts/AG) abonde en ce sens. Davantage de moyens ne signifie pas moins de contrôles, précise-t-il.

Il place d'ailleurs beaucoup d'espoirs en Martin Dahinden, le nouveau chef de la DDC, pour redorer le blason de son office et rendre ses projets plus efficaces et transparents. «Allouer plus de moyens à l'aide au développement permet aussi d'avoir une influence sur les flux migratoires. Ne pas vouloir la renforcer, c'est renoncer à améliorer la situation des migrants dans leur pays d'origine. Or, si la situation est meilleure chez eux, ils seront moins tentés de venir en Suisse. Cela revient donc à donner du grain à moudre à l'UDC», ajoute Luc Barthassat.