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10 000 paysans en colère manifestent devant le Palais fédéral. (Keystone)
© LUKAS LEHMANN

Agriculture

10 000 paysans sonnent les cloches au Conseil fédéral

Les producteurs sont mécontents. Ils attendent une hausse des paiements directs. «Il faut en premier lieu s'en prendre à ceux qui achètent les produits», constate Fernand Cuche.

Ils étaient plus de 10 000. A l'appel de l'Union suisse des paysans (USP) et d'Uniterre, tous ces producteurs ont défilé vendredi dans les rues de la vieille ville de Berne avant de se rassembler sur la Place fédérale pour revendiquer des prix d'achat décents pour leurs produits et le maintien des paiements directs fédéraux. S'ils ont choisi la journée de vendredi, c'est parce que le budget 2016 de la Confédération sera discuté la semaine prochaine au parlement.

Or, dans ce cadre, le Conseil fédéral prévoit de réduire le budget agricole de 96 millions, dont 61 au chapitre des paiements directs. Les paysans veulent convaincre les Chambres fédérales de renoncer à ces coupes. Ils se sont fait entendre par la commission financière du Conseil national, mais celle du Conseil des Etats est resté sourde à leur appel. «Ces coupes ne sont pas acceptables, elles interviennent alors que le revenu des paysans est en recul de 11%», proteste le directeur de l'USP, le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR).

800 millions de moins que prévu

Le Conseil fédéral prévoit d'autres mesures pour les années suivantes. Il a l'intention de stabiliser les dépenses agricoles des années 2018-2021 au niveau de 2017. Cela signifie que les enveloppes financières pour ces années-là seront inférieures de 800 millions à ce qui avait été annoncé initialement. Le volume de paiements directs annuels sera de 120 millions inférieur à ce qu'avaient espéré les paysans. «La coupe est pleine. Le Conseil fédéral doit tenir les promesses faites», s'étrangle Jacques Bourgeois.

L'USP a remis ses revendications vendredi à la Chancellerie et au président du Conseil des Etats, Claude Hêche (PS/JU), sur fond d'un tonitruant concert de cloches. «Nous adressons un carton rouge au Conseil fédéral pour non-respect des règles fixées. Sonnons-lui les cloches», harangue Jacques Bourgeois.

Présent dans la foule, l'ancien conseiller national, conseiller d'Etat et président d'Uniterre Fernand Cuche se demande cependant si la démarche est bien ciblée. «Les paysans ont deux types de partenaires: les acheteurs et la Confédération. J'aurais d'abord manifesté auprès des acheteurs, car le problème de départ est lié au bas niveau des prix d'achats du lait, du sucre, des céréales et de la viande de porc. Depuis l'introduction des paiements directs dans les années 90, la Confédération n'a jamais lâché les paysans. Elle a globalement tenu ses engagements et mis une somme importante à leur disposition, malgré les fluctuations économiques. Les acheteurs, eux, n'ont pas joué le jeu», analyse-t-il.

Le conseiller national Jean-Pierre Grin (UDC/VD), présent dans la foule, confirme. «Ce sont les structures qui s'écroulent, en particulier pour le lait. Les paysans romands ont aussi très peur pour l'écoulement des betteraves à sucre. La Confédération pourrait toutefois agir et fixer un seuil pour le prix du sucre», suggère-t-il. «La Suisse est un pays de producteurs de lait par nature», renchérit Fernand Cuche, qui se souvient de l'époque où le lait était payé un franc le litre. «On est à 52 ou 53 centimes aujourd'hui», fait-il remarquer.

Un cercle vicieux

La mobilisation de vendredi suscite l'incompréhension de l'atelier de réflexion Vision Agriculture, think tank critique de la politique agricole. Il relève que les aides d'Etat directes et indirectes sont supérieures à celles des pays voisins et qu'elles sont coresponsables de la situation économique difficile dans laquelle se trouve de nombreux exploitants, car elles les rendent dépendants de l'Etat. «Certains types de paiements directs ont juste pour but de donner de l'argent sans fixer d'objectif», commente Anne Berger, de Vision Agriculture. Cela incite à la surproduction, qui tire les prix vers le bas et pousse les paysans à demander toujours plus d'aide à l'Etat pour s'en sortir.

La démarche des paysans est aussi critiquée par le WWF et Pro Natura, qui attendent des paysans qu'ils en fassent davantage pour protéger la nature, et par le PS, qui relève que l'aide au développement et la formation devront aussi se serrer la ceinture.

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