Aujourd’hui, «on ne meurt plus d’insuffisance rénale», insiste Michel Burnier, médecin-chef du service de néphrologie du CHUV. La dialyse a été la première technique au monde qui a permis à des patients condamnés à mourir de survivre avec une certaine qualité de vie. «Mais, en plus, les patients prennent jusqu’à huit médicaments par jour pour prévenir les décès liés à un AVC ou à une infection.» Un coût supplémentaire pour eux. Alors, combien coûte une dialyse?

Il en existe plusieurs types. L’hémodialyse, où le sang passe dans une machine, est utilisée dans 90% des cas en Europe et aux Etats-Unis. Elle se pratique trois fois par semaine dans un centre de dialyse. «Entre le coût des machines, du matériel et des produits, la présence d’une infirmière pour quatre patients et d’un médecin pour une vingtaine de patients, on estime son coût annuel à 100 000 francs par personne», détaille le professeur. La dialyse péritonéale est un peu moins chère. Elle se fait plutôt à la maison, par les patients eux-mêmes, équipés d’un cathéter dans le ventre. «Celle-ci avoisine les 80 000 francs par patient et par an», dit-il. Des montants importants, confirmés par la faîtière des assureurs, Santésuisse.

«Les assureurs nous mettent la pression pour qu’on favorise ce qu’on appelle la dialyse autonome»

Michel Burnier, néphrologue au CHUV

Grâce aux assurances complémentaires, «tout est pris en charge pour le patient, même pour les réfugiés. Mais pour faire des économies, les assureurs nous mettent la pression pour qu’on favorise ce qu’on appelle la dialyse autonome», déclare Michel Burnier. Cette dernière peut avoir lieu dans un centre, sans infirmière, et les patients montent leur machine sur place ou à domicile. C’est ce type de dialyse qui est le plus économique, car elle nécessite moins de personnel. Elle coûte trois fois moins cher que celle effectuée dans un centre de soins.

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Une «dialyse au rabais»

En Suisse, le nombre de personnes dialysées augmente de 3 à 4% par an, du fait du vieillissement de la population et de l’allongement de l’espérance de vie. C’est pourquoi la question des coûts est loin d’être anodine. Michel Burnier pointe du doigt les assurances, qui insistent pour «réduire le personnel, au détriment des malades». Pourquoi, par exemple, ne pas dialyser les patients tous les jours, ce qui leur ferait gagner en qualité de vie? «Les assurances refusent cette option et répondent qu’elles ne rembourseront que trois fois par semaine, soit le minimum», regrette Michel Burnier.

En 2017, l’ancien conseiller d’Etat vaudois Jacques Neirynck avait évoqué la possibilité d’arrêter les dialyses après 75 ans. «Idiot, s’emporte Michel Burnier. Les Anglais ont essayé de le faire et se sont vite rétractés, car les personnes concernées allaient se soigner dans les pays voisins.»

Une problématique également présente en France. La Sécurité sociale a renforcé les contrôles dans le domaine. Et la Chambre régionale des comptes de La Réunion enquête actuellement sur des soupçons de surfacturation dans des centres de dialyse. En 2015, à la suite de la publication d’un rapport de la Cour des comptes qui jugeait la dialyse trop chère, une cinquantaine de néphrologues avaient signé une pétition pour manifester leur inquiétude quant à une future «dialyse au rabais».