Un peu plus d'un mois après la diminution de la durée des indemnités de chômage de 520 à 400 jours à Genève, dans le canton de Vaud et les Montagnes neuchâteloises, les autorités cantonales ont absorbé leurs demandeurs d'emplois de moins de 50 ans en fin de droits avec plus ou moins de réussite.

C'est à Genève que l'afflux massif pose le plus de problèmes. Sur le millier de personnes qui du jour au lendemain se sont retrouvées sans indemnités, 653 ont été convoquées durant le mois de juillet pour souscrire un emploi temporaire cantonal (ETC), car ils remplissaient les critères d'attribution. Cette mesure de réinsertion sur le marché du travail – une spécificité genevoise – garantit pendant une année un poste administratif et donne, de ce fait, de nouveaux droits aux indemnités. Mais le dilemme est que l'Office cantonal de l'emploi n'a pas assez de places à leur offrir. Sur les quelque 160 ETC attribués mensuellement, 132 étaient réservés aux chômeurs qui de toute façon avaient épuisé leur solde d'indemnités à la fin du mois de juin.

Organisations internationales à la rescousse

«Nous avons mobilisé toutes les administrations, associations et même les organisations internationales pour créer des ETC supplémentaires», explique Christian Goumaz, secrétaire général du Département de l'économie, de l'emploi, et des affaires extérieures (DEEE). Pour inciter ces entités à engager, leur participation financière (15% du salaire) a été suspendue. Malgré cela, la création d'emplois supplémentaires n'est pas aisée. «Il faut trouver des activités, des locaux et du matériel supplémentaires, et mettre en place l'encadrement nécessaire», remarque Christian Goumaz. Par ailleurs, l'administration cantonale, où est engagée la moitié des 1600 personnes qui bénéficient actuellement d'un ETC, embauchera désormais, lorsque c'est possible, un employé temporaire en fin de droits plutôt que du personnel auxiliaire.

L'Office cantonal de l'emploi avait trouvé à la fin du mois de juillet 190 ETC supplémentaires. Malgré ces efforts, il en manquait encore près de 400 pour les nouveaux chômeurs en fin de droits. Pour éviter que ces ayants droit ne se retrouvent sans revenu, le canton de Genève a décidé de leur accorder un contrat ETC d'un an même sans place de travail disponible. «Le Conseil d'Etat a voulu avant tout garantir à ces chômeurs une couverture sociale», indique le secrétaire général du DEEE. Ils devraient être affectés à un poste d'ici à deux ou trois mois. La création de ces ETC supplémentaires coûtera 30 millions au canton jusqu' à la fin de l'année.

Critique du Seco

Cette solution imaginée par le gouvernement genevois pourrait se retourner contre les chômeurs. En effet, consulté par Genève, le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) a estimé que ces contrats ne permettraient pas d'ouvrir des droits à 400 jours d'indemnités. «Etre payé pendant quelques mois sans travail en contrepartie ne peut pas être considéré au sens de la loi comme étant une activité ouvrant droit à des indemnités de chômage», affirme Patricia Friedrich, juriste du Seco. Le Secrétariat fédéral a à plusieurs reprises critiqué les ETC genevois. «Le but d'une telle mesure doit être de trouver un emploi, non d'entretenir quelqu'un au chômage», rappelle Patricia Friedrich. En avril, les Genevois avaient refusé de supprimer cette mesure cantonale, dont l'efficacité est contestée.

Le Département genevois de l'emploi n'est pas convaincu par le point de vue de Berne. «Le débat n'est pas clos, estime Christian Goumaz. Le Seco a donné son avis, mais ce sont les caisses de chômage qui décideront, puis en dernier recours le Tribunal fédéral.» Néanmoins, les chômeurs en fin de droits ont été prévenus du risque qu'ils encouraient en acceptant un ETC sans poste à la clef. Pour être certain d'occuper une place durant une année, il leur a été proposé de vivre sur leur réserve financière quelques mois, le temps qu'un emploi temporaire se libère. Près de 90 d'entre eux ont préféré attendre, alors que 260 autres ont choisi de signer le contrat d'ETC en misant sur la bienveillance des caisses de chômage d'ici à une année.

«Manque de courage politique»

Les syndicats ont saisi le Conseil d'Etat pour qu'il permette aux chômeurs de bénéficier de l'assistance publique le temps d'obtenir une place en ETC. Mais la règle de l'Hospice général est claire: il faut d'abord user de toutes les ressources financières légales avant de recourir aux deniers de l'assistance publique. D'ailleurs, ceux qui n'ont pas le droit à un ETC se sont inscrits à l'Hospice général.

La difficulté qu'a Genève à absorber ses chômeurs en fin de droits permet légitimement de s'interroger sur le degré de préparation du canton face à la décision attendue de Berne de ne plus prolonger les indemnités de chômage jusqu'à 520 jours. Secrétaire syndical d'Unia, David Hermann déplore «ce bricolage et ce manque de courage politique».

Dans les autres cantons, la réduction de la durée des indemnités n'a pas provoqué de séisme. Le canton de Neuchâtel s'était préparé à accueillir la vingtaine de demandeurs d'emploi qui pouvaient bénéficier d'une mesure d'intégration professionnelle. Dans le canton de Vaud, sur les 1100 chômeurs en fin de droits, quelque 450 d'entre eux ont pu bénéficier du Revenu minimum d'insertion (RMR). Les autres vivent depuis sur leurs économies ou grâce aux revenus de leur conjoint, ou ont réussi à trouver un emploi.