Lorsque le canton du Jura est entré en souveraineté en 1979, «il y avait 57 policiers», cite de mémoire un observateur. Un confrère ajoute que «l'Assemblée constituante estimait qu'un agent pour 1000 habitants suffirait». Le Jura comptait alors moins de 65 000 habitants. «Nous avons commencé à 75, ou 78», se souvient le commandant Bernard Dula. En vingt ans, l'effectif du corps de police a presque doublé: il compte à présent 133 agents, auxquels il convient d'ajouter les vingt agents municipaux de Delémont (12), Porrentruy (6) et Bassecourt (2), «avec qui nous collaborons étroitement», se réjouit Bernard Dula.

La police a surtout été gourmande depuis le milieu des années 90, avec l'augmentation de la criminalité et l'ouverture, en automne 1998, de 23 kilomètres d'autoroute entre Delémont et Porrentruy. «En 1996, la Confédération était prête à financer à 95% les salaires de 43 policiers, pour assurer la sécurité de l'autoroute de Boncourt à la frontière bernoise, dont 30 entre Porrentruy et Delémont, rappelle Bernard Dula. Mais cette norme est tombée.» Le Jura s'est contenté d'affecter une douzaine de personnes à la surveillance de l'A16.

En 1998, avec 120 agents, le commandant ne s'en sort pas. Il décide de limiter les patrouilles nocturnes à un périmètre de 10 kilomètres autour de l'autoroute. En février 2000, il met la pression, se présentant seul devant les médias pour exprimer la surcharge et le moral dans les talons de ses troupes (LT du 12 février 2000). Après avoir vérifié, au travers d'un audit commandé à PriceWaterHouse & Coopers, que les requêtes insistantes du commandant étaient indispensables, le gouvernement a cédé et «offert» 13 nouveaux postes à la police.

Jeudi matin, aux côtés de son ministre Claude Hêche, Bernard Dula tout sourire a présenté la réorganisation de sa police renforcée. «La priorité consiste à accroître la présence dans le terrain, avec pour corollaire un effet préventif et la capacité d'intervenir rapidement», explique Claude Hêche. «La police fait sa révolution», s'exclame Bernard Dula. S'il maintient les structures de la sûreté – qui devient police judiciaire (26 postes) – et celles de la centrale d'engagement (28 postes), il centralise la gendarmerie territoriale, éclatée en trois corps de district jusqu'ici. C'est elle surtout qui bénéficie des forces supplémentaires (74 postes). «Une seule organisation assurera la couverture de la majeure partie du territoire, de la Haute-Ajoie au val Terbi, englobant Delémont, Porrentruy et la Transjurane. Sous la direction du capitaine Hubert Thalmann, cinq groupes de dix personnes, dont trois stationnés à Delémont et deux à Porrentruy, assureront une surveillance 24 heures sur 24. La présence policière nocturne est doublée.» Pour les Franches-Montagnes, Bernard Dula maintient un détachement autonome de 8 agents.

Avec un effectif qui sera entièrement opérationnel à la fin 2001 (7 aspirants sont encore à l'école de police), le commandant respire et salue l'«effort considérable» du gouvernement «qui a enfin admis le bien-fondé de nos arguments». «Nous n'avons pas droit à l'erreur», a-t-il déclaré à ses troupes jeudi après-midi, à l'heure du rapport annuel. Bizarrement, la police obtient des effectifs supplémentaires alors que le nombre d'accidents est stabilisé, comme les affaires de stupéfiants, et que les vols et les arrestations sont en diminution!