Bonnet sur la tête, il est venu devant ses camarades sur la place de la Planta, à Sion, et il a pris le micro offert à ceux qui avaient quelque chose à déclarer. Après un instant d'hésitation, il a dit simplement «merci», puis, se rendant compte que ça ne suffisait pas pour un discours, il a ajouté «d'être venu». Ce manque de contenu lui a valu quelques huées de la part de ses camarades, environ 1500 élèves des trois collèges de la capitale valaisanne et du Centre professionnel, qui manifestaient mardi contre la «busherie». On ne plaisante pas avec la guerre, le message était clair.

A Sion, les moyens de communication d'aujourd'hui ont démontré leur efficacité pour agir en groupe. Par coup de fil ou par SMS, à l'initiative d'un petit groupe d'élèves du collège de la Planta, dont certains proches du Mouvement pour le socialisme, le mot d'ordre s'est répandu: on quitte les classes et on descend dans la rue pour manifester contre la guerre en Irak. La mobilisation a été immédiate.

Cette manifestation devait avoir lieu jeudi ou le jour des premières frappes américaines mais, après celles qui se sont tenues dans d'autres cantons, la volonté de s'exprimer démangeait les collégiens valaisans. Le cortège pacifique est parti spontanément du collège de la Planta, puis il a fait le tour de la ville en associant les éléments des autres établissements, Saint-Guérin et Les Creusets.

Sur la place de la Planta, les drapeaux américains et britanniques ont été accrochés à un lampadaire avant de brûler comme des fétus de paille. Dans le même temps, une banderole était hissée: «Pas de sang pour du pétrole. Collectif anti-guerre Valais». Un collégien a pris alors la parole pour demander aux participants de s'asseoir: «On est là pour la paix, pas pour la guerre.» Applaudissements nourris. Avec un zeste de démagogie, le speaker a ajouté: «Il y a une chose que vous pouvez faire, c'est vous applaudir vous-mêmes.» Et ça a marché.

S'exprime alors un autre élève, le seul qui a prévu un discours: «Non a une guerre impérialiste en Irak. La démocratie ne peut venir que de l'intérieur.» Les manifestants scandent: «L'Amérique à la maison, l'Amérique à la maison.» Les manifestants restent très disciplinés. Le speaker demande enfin une minute de silence pour le peuple irakien, une minute respectée à la seconde près, comme peu de professeurs auraient pu l'obtenir. Un slogan suit: «A ceux qui veulent dominer le monde, le monde répond: résistance!»

Les collégiens se sont donné rendez-vous demain jeudi pour un nouveau sit-in si la guerre devait être déclarée aujourd'hui. Mais le chef du Département de l'éducation, Claude Roch, estime que les manifestations ne doivent plus avoir lieu durant les heures de cours: «Je comprends leur message, mais il faut aussi respecter les règles. Pour nous, une manifestation doit être demandée et cela n'a pas été le cas. Le département demande que les étudiants suivent les cours et qu'ils manifestent en dehors des horaires scolaires.» Des sanctions seront-elles prises si les collégiens réitèrent leur action: «Nous espérons qu'ils soient responsables. Au-delà, on pourrait demander qu'ils remplacent les heures.»