Selon l’agence Reuters, les deux ressortissants helvétiques ont été condamnés par une cour libyenne. «Ils peuvent faire recours», a annoncé une source judiciaire sans donner plus de détails. Les deux hommes étaient inculpés de fraude fiscale, infraction au code de commerce et à la loi sur l’immigration.

La décision de la cour a été confirmée dans la soirée à l’ATS par le porte-parole du groupe ABB, qui emploie l’un des deux hommes. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n’était quant à lui pas atteignable dans l’immédiat pour commenter ces informations. Le Département fédéral des Finances (DFF) ne s’est de son côté pas exprimé sur cette décision de la justice libyenne.

«Sous le choc» Interrogé lors du 19 h 30 de la TSR, le conseiller national socialiste genevois Carlo Sommarugua s’est dit «sous le choc». Il s’agit d’«une décision arbitraire» pour des infractions «de second degré», a estimé le parlementaire. «Cela est inacceptable» du point de vue de l’Etat de droit.

Et le député d’ajouter qu’il espère que le DFAE va examiner un éventuel appel ou la possibilité de racheter la peine sous forme d’amende.

Depuis plus de 16 mois Max Göldi, directeur de l’antenne libyenne du groupe ABB, et Rachid Hamdani, un employé d’une entreprise de construction, sont retenus en Libye depuis le 19 juillet 2008. Ils avaient été arrêtés à la suite de l’interpellation du fils du colonel Kadhafi, Hannibal, quelques jours auparavant par la police genevoise. Les deux hommes avaient ensuite été libérés sous caution avec l’interdiction de quitter le territoire.

Cette affaire a passablement mis à mal les relations entre la Suisse et la Libye. Depuis le début de l’arrestation du couple Khadafi à Genève, Tripoli exige de la Suisse des excuses. En visite dans la capitale libyenne en août dernier, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz s’est exécuté à la surprise générale. Berne exigeait cependant la libération des deux Suisses avant le 1er septembre.

Berne et Tripoli se sont également mis d’accord pour rétablir les relations bilatérales et mettre sur pied un tribunal arbitral destiné à faire la lumière sur l’affaire. Mais au terme du délai fixé par l’accord du 20 août, la Suisse n’a rien obtenu.

Berne a suspendu alors l’accord avec Tripoli et a durci le ton à l’égard de la Libye. La Confédération a notamment décidé de refuser aux citoyens libyens tout visa d’entrée en Suisse, une mesure qui passe par le processus de consultation de Schengen.

Espoirs déçus Parallèlement, les otages suisses ont passé par toutes sortes d’espoirs déçus. Le 25 août dernier, un avion du Conseil fédéral partait pour Tripoli. Les deux Suisses avaient reçu leurs passeports et leurs visas de sortie, mais n’ont finalement pas été autorisés à quitter le pays.

Pis encore, à la mi-septembre, les deux Suisses ont été emmenés dans un lieu tenu secret au prétexte de subir un contrôle médical. Ils n’ont été reconduits à l’ambassade de Suisse à Tripoli que le 9 novembre, sans mention d’aucun motif.

Le régime libyen a également sanctionné les échanges économiques bilatéraux. La Libye a retiré dès 2008 ses fonds (plus de cinq milliards de francs) des banques helvétiques. La compagnie aérienne Swiss a également été empêchée de voler vers Tripoli, pour des «raisons techniques».