Il y a quarante ans et quelques mois, la ville d'eaux des bords du Léman s'est trouvée une première fois au centre de l'attention du monde. C'était en 1962, en mars: le 18, après douze jours de travail, les Accords d'Evian étaient signés, la France reconnaissait l'indépendance de l'Algérie.

Les négociations s'étaient ouvertes dans un climat tendu: le 31 mars 1961, Camille Blanc, maire d'Evian, avait été assassiné. Ce meurtre, attribué à l'OAS, fit dire au général de Gaulle que Camille Blanc était mort «uniquement parce que sa ville avait été choisie pour accueillir les négociations». En mars 1962, les autorités françaises mais également suisses (la délégation algérienne était hébergée au Signal de Bougy, au-dessus d'Aubonne) redoublèrent de prudence.

Côté français, Evian était bouclée. Charles-Henri Favrod, qui couvrait les événements comme journaliste, se rappelle: «Aux deux extrémités de la ville, en direction de Genève et en direction de Saint-Gingolph, la police nationale, secondée par l'armée française, avait installé des barrages filtrants. Et même une fois ces barrages passés, les contrôles d'identité étaient incessants.»

Côté suisse, le dispositif de sécurité «était phénoménal», selon Charles-Henri Favrod. L'armée assurait les opérations, secondée par la police cantonale vaudoise. Autour du Signal de Bougy, où un hélicoptère militaire venait chercher chaque matin les négociateurs algériens, étaient placés quelque 500 hommes: fusiliers, grenadiers, pièces antichars et batteries de DCA.

Toutes les voies d'accès au site étaient tenues par des barrages de l'armée. Une interdiction de survol avait également été décrétée. A deux reprises, entre le 10 et le 19 mars, des batteries de DCA ont canardé des avions de tourisme qui avaient enfreint la consigne, heureusement sans les toucher…

Plus grave: le dimanche 11 mars, le gendarme Rossier, qui attendait au volant de sa voiture l'ouverture du barrage de Pizy, était abattu par une sentinelle militaire. L'enquête avait conclu à une erreur de manipulation de la part du soldat.