Jadis convoité pour la possibilité qu'il offrait de briller dans son village, le discours du 1er Août était tombé au rang de prologue obligé des réjouissances pyrotechniques, ne vantant qu'allusivement les traditions, craignant le nationalisme et la nostalgie du hérisson. Cette traversée du désert est finie. Dopés par la proximité des élections fédérales et par le retour en force des valeurs helvétiques, les discours de 2003 s'annoncent comme une occasion pour chaque orateur de se situer face à la patrie. Comme le résume le président du Conseil national, le radical Yves Christen: «On dit depuis longtemps qu'il ne faut pas laisser le monopole du patriotisme à l'UDC, cette année on passe aux travaux pratiques.»

Avec leur affiche donnant leur propre interprétation du serment de 1291, les socialistes ont démontré lundi (Le Temps d'hier) la force de cette tendance générale à recourir aux symboles nationaux. Syndic de Lausanne et orateur de sa ville – avant l'UDC Jean-Claude Mermoud qui parlera au même endroit pour la cérémonie officielle du bicentenaire cantonal –, l'écologiste Daniel Brélaz admet qu'il perçoit «une pression plus forte pour les références patriotiques». Le secrétaire général des radicaux, Guido Schommer, ne cache pas de son côté que les parlementaires du groupe ont été encouragés à s'engager sur les estrades. En voisin, le Nidwaldien Edi Engelberger sera sur la prairie du Grütli; le Vaudois Yves Christen participera aux portes ouvertes du parlement, s'adressera à un rassemblement chrétien à Fribourg et parlera à Chexbres. Au PDC, les échanges de courriers électroniques avec les candidats aux élections de l'automne ont comporté des incitations similaires. De quoi faire ricaner le secrétaire de l'UDC, Gregor Rutz: «On ne corrige pas les erreurs commises durant quatre ans par un discours du 1er Août», lance-t-il à l'adresse de ses rivaux. «Ils essaient de nous faire concurrence, mais si on regarde les faits, c'est l'UDC qui est pour la Suisse et clairement contre l'adhésion à l'Union européenne.»

Ce qui n'est qu'une façon d'envisager le patriotisme, désormais contestée. S'il précise que le Parti socialiste n'a fait aucun effort coordonné pour occuper les podiums, son porte-parole, Jean-Philippe Jeannerat, revient sur l'affiche dévoilée lundi: «Face à ceux qui exacerbent l'identité, on thématise notre patriotisme ouvert, on s'en montre fiers.» L'un des ténors du parti, le conseiller aux Etats neuchâtelois Jean Studer, qui s'exprimera à La Chaux-de-Fonds, prévoit de mettre en rapport cette ouverture et la façon de diriger: «On ne gouverne pas avec n'importe qui.»

D'où qu'ils viennent, le ton général des discours s'annonce d'ailleurs plus militant, moins conciliant et rassembleur que ne l'ont longtemps été les canons du genre. Chez les radicaux, Guido Schommer est limpide: «Nous souhaitons que nos orateurs se recentrent sur la Suisse, parlent des trois sécurités, assurances sociales, lutte contre le chômage, sécurité intérieure.» Autre souhait: «Qu'ils disent un mot contre une campagne dans laquelle la forme s'impose au détriment du contenu», ce qui est une flèche transparente décochée aux socialistes. Yves Christen prévoit quant à lui d'opposer la mythologie de 1291 à la réalité de l'acte de médiation de 1803: «Je parlerai d'une Suisse multiculturelle.» Secrétaire du PDC, Reto Nause recommande «une philosophie de la cohésion nationale» en plein dans la ligne du parti. Ce que son chef de groupe aux Chambres, Jean-Michel Cina, s'apprête à mettre en application à Evolène, en soulignant que la bipolarisation va à l'encontre de la cohésion nationale, qui impose la recherche du consensus.

Pionnier du retour identitaire de la Fête nationale, Christoph Blocher garde toutefois une longueur d'avance. Le tribun UDC, qui s'exprimera à Wägital, petite commune schwyzoise qui n'organisait plus de cérémonie officielle depuis trente-cinq ans, a déjà mis son discours sur son site Internet. Il y fustige la décision du Tribunal fédéral d'interdire les votes populaires sur les naturalisations: «C'est ainsi, écrit-il, qu'on dévalorise les choses pour les rendre conformes à l'Europe.» Parti et patrie sont décidément les deux mots-clés de ce 1er Août.