En cette semaine de Fête nationale, un sentiment de nostalgie sourd des pages de la presse dominicale. La NZZ am Sonntag s’inquiète de la pauvreté des discours officiels et l’explique de deux façons. Premièrement, souligne le chroniqueur, «les Suisses sont de mauvais orateurs». Le plus souvent, ce sont des politiciens nationaux ou locaux qui prennent la parole. Noyées dans des remerciements de circonstance et l’éloge du Sonderfall suisse, leurs allocutions se ressemblent fréquemment.

Ce constat critique ne manquera pas de faire réfléchir le conseiller national Antonio Hodgers (Verts/GE), qui sera l’orateur officiel de la prairie du Grütli mercredi. Dans Le Matin Dimanche , il tient précisément à se démarquer de cette tradition qui veut que le 1er Août soit l’occasion de mettre les vertus de l’«îlot suisse» en évidence. «Ce sentiment de vouloir se satisfaire de notre bien-être alors qu’autour de nous cela ne va pas bien» est ce qu’il n’aime pas en Suisse. «Le côté îlot à protéger, ce n’est pas ce qui définit ma Suisse», ajoute-t-il.

L’hebdomadaire romand verse lui aussi une larme de nostalgie à l’occasion de la Fête nationale. Il se penche sur l’extraordinaire succès des brunchs à la ferme mis sur pied par les agriculteurs du pays. Ce succès est tel qu’il dénature la démarche: «Le brunch à la ferme du 1er Août a perdu son âme», se désole-t-il en première page. La SonntagsZeitung n’est pas en reste. Mais sa contribution lacrymale porte sur un autre point: la difficulté qu’ont les communes à réunir de l’argent pour commémorer la naissance de la Suisse, qui prive souvent leurs concitoyens de «saucisses et de feux d’artifice».

«Bienvenue à Genève!»

La Fête nationale 2012 coïncide avec le vingtième anniversaire du rejet de l’EEE, qui avait creusé un fossé entre les communautés linguistiques. Elle offre ainsi l’occasion de s’intéresser à ce qui cimente les Suisses entre eux. Un mois après que Le Temps a consacré une édition spéciale à la Suisse alémanique (LT du 23.06.12), l’hebdomadaire argovien Der Sonntag a délocalisé une partie de sa rédaction durant toute une semaine à Genève pour s’intéresser au boom économique de l’Arc lémanique.

Dans un éditorial intitulé – en français – «Bienvenue à Genève!», le rédacteur en chef Patrik Müller explique que le journal a jugé nécessaire de démontrer cet essor économique en Suisse alémanique, qui n’«en a pas vraiment conscience et [cela] a éveillé notre curiosité». Dans une interview, le conseiller d’Etat David Hiler, ministre genevois des finances, revient sur le fameux article de la Weltwoche qui avait comparé les Romands aux Grecs. Il rappelle que Vaud et Genève sont des contributeurs nets de la péréquation financière, ce qui témoigne de leur dynamisme. Mais le succès économique a ses revers, que Der Sonntag ne manque pas de relever: marché du logement tendu, insécurité dans les rues de Genève.

Le dominical alémanique s’intéresse également aux personnalités romandes qu’il convient de suivre de près. Après une longue interview du caricaturiste Patrick Chappatte, collaborateur du Temps, Der Sonntag propose une galerie de portraits, dans laquelle le cardiologue René Prêtre et la conseillère aux Etats Géraldine Savary sont mis en évidence.

Notoriété en hausse

Pour le reste, cette fin de mois de juillet se caractérise par une certaine torpeur médiatique. Les accords fiscaux avec l’Allemagne et les Etats-Unis sont décortiqués dans des articles de la SonntagsZeitung, Der Sonntag et du Matin Dimanche. Der Sonntag pense que la présidente de la Confédération et ministre des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, devra rendre des comptes pour avoir convaincu le Conseil fédéral d’autoriser la transmission aux autorités américaines de données concernant les collaborateurs des banques.

Cette affaire contribue-t-elle à asseoir la notoriété d’Eveline Widmer-Schlumpf? Sur la base d’un sondage effectué auprès de 1000 personnes, le SonntagsBlick observe que la présidente de la Confédération est la plus connue de tous les membres du gouvernement. Elle précède Doris Leuthard et Ueli Maurer, alors que Johann Schneider-Ammann et Alain Berset, qui vient d’arriver au gouvernement, ferment la marche. De manière générale, la notoriété des sept magistrats s’est accrue en un an. Elle a progressé de vingt points pour tous, à l’exception des deux derniers du classement.