C’était il y a tout juste vingt ans. Le 27 septembre 2001, un forcené armé faisait irruption dans la salle du Grand Conseil de Zoug, abattant 11 députés et trois conseillers d’Etat. Il se nommait Friedrich Leibacher. Il s’est donné la mort. Cet acte terrible a eu des conséquences importantes sur la vie politique. Jusqu’alors largement ouverts, les bâtiments publics du pays, dans lesquels on entrait comme dans un moulin, ont été sécurisés.

A ce sujet: Gerhard Pfister: «L’attentat de Zoug a montré que nous étions un peu naïfs»

Mais l’on s’est toujours efforcé de maintenir le plus possible cette proximité entre la population et ses élu·es, corollaire de la démocratie semi-directe. Le filtrage des entrées au Palais fédéral a certes été accentué, mais le public peut toujours accéder au saint des saints de la politique nationale. Comme souvent en Suisse, on a trouvé une voie qui renforce la sécurité tout en sauvegardant des pans essentiels des traditions politiques. Le loup solitaire Leibacher, dont la quérulence était connue à Zoug et faisait l’objet d’un encadrement de médiation, est heureusement resté un cas unique.

Des relations qui se durcissent

On doit cependant constater que les relations entre une partie de la population et les autorités se durcissent. Avant la pandémie, on enregistrait peu de manifestations violentes, juste quelques dérapages sans grandes conséquences. La gestion de la crise du coronavirus a changé la donne. Comme on l’a vu la semaine dernière à Berne, l’hostilité d’une minorité se traduit par des menaces virulentes et, parfois, des débordements furieux. Ces actes de colère sont amplifiés par les réseaux sociaux. Ceux-ci donnent un tel écho aux protestations de cette minorité qu’ils laissent parfois croire qu’elles émanent d’une majorité.

Après Zoug, c’est surtout le contrôle des personnes entrant dans le Palais fédéral qui a été renforcé. Ces derniers mois, on a ancré dans la place Fédérale des socles permettant d’ériger des barrières en métal afin de tenir les manifestations à distance du bâtiment. Et celui-ci a été flanqué de bornes escamotables afin d’éviter que des véhicules transportant on ne sait qui, on ne sait quoi ne viennent le percuter délibérément.

Une nouvelle épreuve

Dans un contexte de crise pandémique, qui voit celles et ceux qui ne croient pas aux vertus du vaccin et du certificat covid s’écharper avec celles et ceux qui y croient, la culture politique subit une nouvelle épreuve. Ministre de la Santé, Alain Berset est la cible privilégiée des mécontents. Mais d’autres que lui sont visés, dans les cantons comme à Berne. C’est sans doute la leçon à retenir de Friedrich Leibacher: il faut être attentif aux personnes qui se sentent poussées dans les cordes, mais celles-ci doivent comprendre que la violence n’apporte aucune solution.

Lire aussi: Avec la pandémie, les personnalités politiques sont de plus en plus exposées