Le projet d'un centre de biologie des systèmes de l'ETH Zurich à Bâle est unique en Europe. Il enthousiasme la communauté scientifique et progresse à un rythme étonnant. Evoqué à l'automne 2003, il a obtenu les autorisations nécessaires, assuré son financement jusqu'en 2007 (33 millions), et, hier à Bâle, Olaf Kübler, le président de l'EPFZ, présentait le concept (www.bsse.ethz.ch) et le profil des quatre premiers professorats qui devront entrer en fonctions d'ici à la fin de 2005.

 

Rôle pionnier

L'initiative, qui regroupe les Universités de Bâle, Zurich et l'EPFZ, place la Suisse dans un rôle de pionnier dans un secteur d'avenir. L'objectif affiché est de placer le site de recherche suisse au sommet de la hiérarchie mondiale. «Aucune université ne serait capable d'y parvenir par ses propres moyens», poursuit Olaf Kübler. L'idée est donc de créer un centre d'excellence à Bâle, un «cluster», à travers un réseau de compétences mondiales. «C'est possible uniquement à Bâle, parce qu'on y trouve une constellation unique, avec une université et plus de 2000 scientifiques en sciences de la vie sur 4 km2. Dès lors l'EPFZ s'attribue, avec le savoir des géants de la pharma, un avantage décisif dans la compétition avec les meilleures universités du monde», selon Paul Herrling, chef de la recherche de Novartis. Comme la biologie des systèmes est une nouvelle science, basée sur l'interdisciplinarité, et non pas une nouvelle discipline de la biologie, le nouveau centre a besoin d'un climat de travail particulier, ouvert, interactif, collégial. «L'objectif est de créer non seulement une formation de pointe dans un secteur attractif, mais aussi un état d'esprit, un campus du savoir», selon Olaf Kübler.

Le dynamisme incite d'autres universités à s'y joindre. L'Université de Constance, en Allemagne, propose d'y participer à travers un master en «computing biology». La Suisse romande pourrait s'y intégrer. Monika Gessler, directrice générale du projet, indique que le ISB (institut suisse de bio-informatique) de Genève serait un atout intéressant, s'empressant d'ajouter qu'aucune démarche n'a été pour l'instant entreprise dans ce sens.

Cerise sur le gâteau, Paul Herrling, directeur de la recherche de Novartis, annonce que le groupe de Daniel Vasella apporte un million de francs pour s'assurer l'arrivée de scientifiques de haut niveau dans la biologie des systèmes.

L'intérêt de l'industrie pharmaceutique est clair. Aujourd'hui, ses laboratoires utilisent les données issues des universités et cherchent à les transformer en médicaments à travers un processus d'essais et erreurs. «Plus de 99% des essais n'aboutissent à rien. Ce serait formidable si la biologie des systèmes réduisait ce taux d'échec à 98%», explique Paul Herrling. Cette nouvelle science doit permettre de comprendre les processus qualitatifs et quantitatifs qui permettront avec une probabilité élevée d'estimer les réactions des cellules, leur force, leur fréquence et de procéder à des simulations informatiques. La biologie des systèmes fait appel à la chimie, la physique, la médecine, les mathématiques, d'où l'intérêt d'une mentalité de campus. Pour l'heure, une telle combinaison n'existe qu'à Boston, San Diego et San Francisco.

 

Une centaine d'étudiants

Les quatre premiers professorats concernent la nanobiologie, la computational biology, la biologie des systèmes I (laquelle se penche sur la compréhension d'une seule cellule comme système), la biologie des systèmes II (pour les systèmes de cellules multiples). D'ici à la fin 2006, deux autres professorats devraient s'y ajouter. A terme, Monika Gessler parle de dix professorats, pour une centaine d'étudiants. Mais tout d'abord le centre devra disposer de laboratoires. L'emplacement exact n'est pas encore défini, mais il le sera avant la fin de l'année, assure Henry Baltes, président du nouveau centre.