Les parlementaires fédéraux peuvent se frotter les mains. Pour leur troisième session extra-muros, fixée en automne 2006, et après les décors impersonnels des halles de congrès de Genève en 1993 et de Lugano en 2001, les représentants du peuple et des cantons vont pouvoir séjourner et délibérer dans le cadre exceptionnel d'un hôtel cinq étoiles, le Parkhotel Waldhaus de Flims/Flem, au cœur de la région de la Surselva. Construit il y a 127 ans, ce joyau du tourisme helvétique, désigné hôtel de l'année 2004 par le guide GaultMillau pour son centre thermal et sa cuisine ambitieuse, est niché dans l'écrin d'un parc botanique de 200 hectares, à 1100 mètres d'altitude, au cœur de l'arène des Alpes, la spectaculaire cuvette géologique que constituent les stations de Laax, Flims et Falera.

Le complexe des 24 bâtiments du Waldhaus, construits au fil des décennies plus ou moins glorieuses qu'a connues l'établissement, forme une cacophonie architecturale assez surprenante, qui va du charme désuet de fin de siècle pour la construction centrale au cube de verre futuriste pour la piscine en passant par la lourdeur des années 70 pour d'autres annexes de l'hôtel. Mais la douceur des collines du parc, ses arbres séculaires en habit d'automne atténuent la juxtaposition hétéroclite des stylesen présence, et c'est finalement l'atmosphère feutrée et luxueuse des lieux qui domine.

D'importants réaménagements provisoires, nécessaires pour accueillir la fourmilière politique fédérale de plusieurs centaines de députés, fonctionnaires et journalistes, vont bouleverser la vie paisible du Waldhaus d'ici deux ans. Si l'échéance paraît encore lointaine, la direction du palace a d'ores et déjà établi une ébauche de la future répartition des salles. Ainsi, les mieux lotis seront certainement les membres du Conseil des Etats, à qui est destiné le prestigieux pavillon historique de l'hôtel, de style Art nouveau, entièrement rénové. Les édiles du Conseil national vont peut-être faire la grimace puisque, plus nombreux, ils devront se contenter de la halle de tennis du Waldhaus, une sorte de gros hangar au toit de tôle ondulée. Mais «elle sera spécialement réaménagée pour l'occasion avec un revêtement de sol et un système d'éclairage adéquat», s'empresse de préciser Andreas Ilmer-Walser, chargé des travaux de réorganisation pour la session. Le manager ne peut retenir un sourire en passant devant les locaux d'ores et déjà réservés au groupe UDC: celui-ci se réunira au jardin d'enfants du Waldhaus. Comme la «scoletta», d'autres pièces du palace seront temporairement affectées à l'usage de la centaine de bureaux requis par l'administration parlementaire, comme le musée et la halle de curling, notamment. Seules la cave à vin – plus de 10 000 bouteilles y reposent, représentant une valeur de 250 000 francs – et la salle à manger panoramique, dont la vue sur le Flimserstein avait inspiré Giovanni Giacometti en 1904, seront épargnées.

Mais faut-il dire Flims ou Flem? La petite commune de 2549 habitants – dont moins d'un cinquième maîtrise la quatrième langue nationale – doit-elle être considérée comme rhéto-romanche? La question ne cesse de rebondir depuis que les députés des Chambres fédérales ont approuvé la proposition déposée l'an dernier par le conseiller aux Etats Christoffel Brändli (UDC/GR) de déplacer le parlement dans la commune de Flims pour la session d'automne 2006 et de favoriser à son tour, de manière symbolique, la région romanche, après la Suisse romande et la Suisse italienne. Interrogés à ce sujet, les indigènes cachent poliment leur irritation. La chargée de communication de l'office du tourisme local, Belinda Signorell, tient à préciser que «la candidature a été déposée communément par les trois communes de Flims, Laax et Falera. Si le romanche est moins répandu dans la première, c'est la seule des trois localités à disposer des capacités nécessaires pour accueillir le parlement.»

S'exprimant sur les ondes de la télévision alémanique, le directeur du Waldhaus Parkhotel, Christof Schlosser, promettait d'apprendre le romanche d'ici à l'arrivée des parlementaires fédéraux. Mais peut-être devrait-il aussi ajouter la langue de Voltaire sur sa liste. Vérification faite, le français effraie de nombreux collaborateurs de l'hôtel et rares sont les habitants de Flims/Flem à le comprendre. Les touristes francophones ne sont pas fréquents dans la région. Le séjour s'annonce particulièrement enrichissant pour les parlementaires romands.