L'été 2007 fut l'été de tous les complots. A fin août, la direction de l'UDC dénonce le premier contre Christoph Blocher, ce qui apparaît clairement comme une manœuvre destinée à animer la campagne électorale, très dure, pour les élections fédérales du mois d'octobre. Début septembre, des fuites sur un rapport, très attendu, de la commission de gestion, commencent à circuler dans la presse sur la façon peu orthodoxe dont le ministre de la Justice a eu la peau du procureur de la Confédération, Valentin Roschacher.

Le 5 septembre, journée qui demeure dans les annales de la politique fédérale, Pascal Couchepin annonce - avec une satisfaction pas totalement dissimulée - que le Conseil fédéral a nommé un expert extérieur pour faire la lumière sur les reproches faits à Christoph Blocher dans ledit rapport. Lequel Blocher le prend comme une mise en accusation et organise une conférence de presse pour se disculper. Ce jour-là, Christoph Blocher, comme il l'explique aujourd'hui, a eu l'impression d'être victime d'un véritable complot (le deuxième).

L'affaire Holenweger

D'autant plus que les choses se sont accélérées et que, dans la soirée, la commission de gestion a expliqué qu'elle a cru voir, dans les bizarres documents saisis par la police allemande sur le banquier suisse Oskar Holenweger, les possibles manifestations d'un complot (le troisième) organisé par Christoph Blocher et son entourage contre le procureur de la Confédération. Le lendemain, Christoph Mörgeli, conseiller national zurichois et idéologue de l'UDC, ridiculise la commission de gestion en présentant à la presse l'entier des documents Holenweger et en tournant en dérision l'interprétation qui en avait été faite la veille. Certains se demandent si Christoph Mörgeli n'a pas piégé la commission. L'enquête est du reste toujours ouverte, sur ce qui pourrait être un quatrième complot, contre la commission de gestion.

Pour comprendre le contexte des plaintes déposées vendredi, il faut se remettre en mémoire l'incroyable tension de ce début septembre 2007, l'intensité de la campagne électorale, la virulence des slogans de l'UDC avec la polémique sur l'affiche des moutons, l'agitation entretenue par des fuites, le désarroi de la commission de gestion mal armée pour se saisir d'une affaire - elle l'est toujours du reste - l'excitation de la presse et le caractère improvisé d'une conférence de presse au cours de laquelle Lucrezia Meier-Schatz et Jean-Paul Glasson se sont effectivement montrés imprudents. Dans l'ambiance de ce 5 septembre 2007, il n'était pas nécessaire d'être extrêmement parano pour croire au complot.

Christoph Blocher n'a toujours pas digéré d'avoir été accusé de comploter contre le procureur de la Confédération, ce qui paraît effectivement, aujourd'hui que l'émotion est retombée, très peu probable. Il est par ailleurs clair que beaucoup de monde voulait avoir sa peau, mais la manœuvre réussie le 12 décembre s'inscrit dans une toute autre séquence que les évènements du mois de septembre. Demeurent quelques interrogations sur les papiers Holenweger et l'histoire rocambolesque qui les entoure.