Il y eut une forte mobilisation populaire franco-suisse au printemps, puis une litanie de bonnes intentions. Mais en 2011, l’état de santé du Doubs a continué de se dégrader (LT des 14 et 16.05.2011). Rien de concret n’a été entrepris pour assainir l’emblématique rivière franco-suisse. Des truites et des ombres ont continué de périr, victimes du champignon Saprolegnia parasitica.

Parce que l’étendue des pouvoirs des acteurs politiques locaux est éclatée et limitée – le Doubs concerne les cantons de Neuchâtel, du Jura et la Région de Franche-Comté –, le conseiller aux Etats jurassien Claude Hêche a décidé de faire entrer la Confédération dans l’arène. Un bref débat a eu lieu au Conseil des Etats le 15 décembre dernier. La ministre Doris Leuthard a reconnu que «le Doubs est un écosystème particulièrement remarquable par la richesse de sa biodiversité et la beauté des paysages». Elle a admis que «l’impact des forces hydroélectriques est important». Mais elle a partiellement douché les espoirs de Claude Hêche en présentant un plan d’assainissement en deux étapes: une première échéance en 2014 pour généraliser la démodulation et planifier les travaux lourds à entreprendre; une autre en 2030 pour les terminer. «Je suis partiellement satisfait, commente Claude Hêche. Mais il faut que la Confédération fasse pression sur les fournisseurs d’électricité et les propriétaires des barrages pour ne plus avoir les brusques variations d’eau liées aux éclusées.»

Premiers essais concluants

Rien ne sera simple. Certes, les premiers essais de démodulation, consistant à utiliser les bassins de rétention des barrages du Refrain et de la Goule pour contenir les lâchers d’eau du barrage le plus en amont et le plus important, celui du Châtelot, ont été concluants. Un nouvel essai sera réalisé au printemps. Mais dans un entretien au Quotidien jurassien, le président de la Société des forces motrices du Châtelot (détenue par EDF à raison de 50% et le Groupe E pour 30%), l’ancien ministre neuchâtelois Pierre Hirschy réfute les reproches principaux attribués aux barrages, déclarant que «le problème numéro un du Doubs, c’est la pollution». Riposte du vice-président des pêcheurs jurassiens, Ami Lièvre, les éclusées du Châtelot ont un impact décisif. Et d’insister pour que les exploitants des barrages s’appliquent à amortir les effets de leurs lâchers d’eau.

Mais tant Claude Hêche qu’Ami Lièvre reconnaissent que la pollution et les micropolluants en particulier posent eux aussi un problème majeur. Ami Lièvre propose de rapides aménagements des stations d’épuration, à commencer par celles de La Chaux-de-Fonds et de Pontarlier, en ajoutant une phase d’épuration complémentaire par ozonation.

En coulisse, des groupes transfrontaliers travaillent sur un dossier complexe. «Chaque acteur doit maintenant prendre ses responsabilités, tonne Claude Hêche. Après les constats et la mobilisation, 2012 doit être l’année où se réalisent les premières actions.»