Christian Varone, candidat intouchable

Le report du procès du candidat libéral-radical en Turquie n’ébranle pas les partis. Rien ne semble pouvoir remettre en cause sa course au Conseil d’Etat valaisan

Le PLR a décidé mardi soir de maintenir la candidature de Christian Varone au Conseil d’Etat. «A l’unanimité et sans abstention», souligne le président du parti dans un communiqué. Mardi, la seconde audience du Tribunal d’Antalya dans l’affaire du commandant de la police valaisanne, accusé d’avoir emporté un vestige archéologique, a été reportée au 14 février. Exactement comme la première, le 25 septembre dernier. Malgré l’incertitude qui entoure le fragment de marbre retrouvé dans les bagages de Christian Varone, l’opacité de sa communication à son retour en terres valaisannes et la menace d’une condamnation pénale en Turquie. Plus tôt dans l’après-midi, tous les partis du Valais romand se déclaraient unis derrière lui. L’élection aura lieu le 3 mars 2013.

«Rien n’a changé depuis qu’il a été désigné comme candidat par son parti, estime Michel Rothen, président du PDC du Valais romand (PDCVr). Le PLR a son candidat, il faut qu’il fonce, maintenant.» La pierre prise sur un site archéologique turc n’aurait pas porté ombrage à son image. Il y a quelques semaines, certains élus PDC s’inquiétaient même de le voir être mieux élu que les conseillers d’Etat PDC sortants. «Si les élections avaient lieu aujourd’hui, il ferait un tabac», estime encore Michel Rothen. «Cette affaire n’a pas d’impact majeur sur l’avis de la population valaisanne et cela n’est pas perçu comme quelque chose de sérieux qui pourrait compromettre sa carrière politique», renchérit Gaël Bourgeois, président du Parti socialiste. Christophe Darbellay, conseiller national et président du PDC suisse, disait encore mardi dans la presse: «J’espère que le PLR ne perdra pas ses nerfs et que nous ne perdrons pas du coup un candidat de qualité au Conseil d’Etat.»

Si la candidature de Christian Varone est autant soutenue, c’est qu’elle plaît à tous les partis. D’abord parce que le candidat n’a jamais fait de déclaration politique qui aurait pu fâcher. Jusqu’à vendredi dernier, il était encore le commandant de la police cantonale valaisanne, employé d’un gouvernement qu’il ne pouvait se permettre de critiquer. Ensuite parce que sa candidature face à Oskar Freysinger concentre tous les enjeux de cette élection sans mettre en danger aucun des PDC sortants. Quant au Parti socialiste, il n’a pas d’intérêt à se mettre le PLR à dos, alors qu’il pourrait avoir besoin de son soutien pour réélire sa conseillère d’Etat sortante, fragilisée par un net recul du PS dans le Haut-Valais aux dernières élections communales.

A ce petit jeu, Christian Varone pourrait bien être élu conseiller d’Etat quel que soit le jugement qui l’attend en Turquie. «La décision finale appartient au candidat», soulignait Georges Tavernier, président du PLR, dans la journée de mardi.

C’est que le parti n’avait pas vraiment le choix. Le congrès du PLR a désigné Christian Varone comme candidat à une large majorité le 6 septembre dernier, alors que la procédure judiciaire en Turquie lui était déjà connue. L’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, l’ancien conseiller d’Etat Bernard Comby et l’historien Philippe Bender s’étaient alors levés pour souligner les risques que cette procédure représentait pour leur parti. Ils n’ont pas été suivis et, à ce jour, aucun élément nouveau ne semble permettre de remettre en cause cette décision prise démocratiquement par les membres.

«Christian Varone n’aura pas à prendre position sur la légitimité de sa candidature, comme le lui demandait Pascal Couchepin le 6 septembre, puisqu’il ne sera sans doute pas jugé avant son élection», résume Michel Rothen. Pascal Couchepin avait interpellé directement Christian Varone, lui demandant «de déclarer publiquement» qu’il «retirerait sa candidature en cas de condamnation pénale». «Il sera élu conseiller d’Etat avant d’être jugé», poursuit Michel Rothen. Stratégie habile de la part de Christian Varone, qui a réussi à faire durer sa procédure, ou aléas d’une justice turque qu’en Valais personne ne comprend très bien? Les avis divergent. «Je ne renoncerai pas», disait déjà Christian Varone en sortant de prison. Et il a réussi.

«Si les élections avaient lieu aujourd’hui, il feraitun tabac»

Publicité